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2014-09-24T06:18:23+02:00

"Le capitalisme ne durera pas éternellement"

Publié par undetension
"Le capitalisme ne durera pas éternellement"

Il fallait oser ! Relire les romans de Houellebecq à la seule lumière des concepts économiques. L’auteur s’explique :

(…) « Houellebecq est un créateur, l'un de nos plus remarquables romanciers. Il s'est attelé à décrire le triste monde dans lequel nous vivons asservi par la religion de l'économie.
J'ai pris conscience de la lucidité désespérée avec laquelle il décortique l'économisme, ce dogme qui consiste à ramener l'homme à une seule dimension : la rationalité censée déterminer ses choix.
(…) Les DRH et les consultants veillent à maintenir la lutte sans merci qui règne dans les entreprises. Les publicitaires mettent en scène le renouvellement permanent de l'offre pour entretenir l'immaturité des consommateurs insatiables. Et les communicants font passer le message selon lequel il n'y aurait pas d'autre horizon envisageable que le marché.
(…) Son premier roman, «Extension du domaine de la lutte», traite du libéralisme et de la compétition entre les individus. «Le libéralisme économique, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société», écrit Houellebecq.
Il considère l'entreprise comme le royaume de l'asservissement volontaire. Il montre que la mobilité, l'insécurité et la flexibilité que l'on crée au sein des boîtes ne servent qu'à établir un pouvoir sur les êtres.
(…) Le capitalisme ne peut aboutir qu'à la domination d'une minorité de nantis qui ont la capacité de se reproduire tandis que le reste de l'humanité est voué à disparaître.
Il suffit de constater l'accumulation toujours plus grande des richesses entre les mains d'une caste de multimilliardaires pour comprendre cette vision. Le capitalisme est un système fondé sur l'immaturité et il ne peut pas durer éternellement.
(…) Selon Houellebecq, la destruction créatrice [de Schumpeter] fait de nous des «kids définitifs» jamais rassasiés, jamais satisfaits.
(…) La parenthèse [des Trente Glorieuses] s'est refermée. La compétition mondialisée ne peut aboutir qu'à une extinction. Surpopulation, épuisement des ressources, inégalités croissantes... Comme Malthus, Houellebecq pense que le capitalisme court à sa perte, car il est suicidaire. Malthus avait théorisé la baisse tendancielle du profit. Houellebecq reprend cette notion et l'applique à la sexualité. Il parle de baisse tendancielle du désir. La consommation sexuelle toujours insatisfaite mène à la pornographie ou à la partouze tout aussi insatisfaisante et lassante car toutes deux dénuées d'amour.
Il pense que la mission de l'homme est de détruire la nature, que tout ce qui est techniquement réalisable sera réalisé par l'homme, à commencer par le clonage humain. Houellebecq n'est pas un écolo !
(…) [Qu'est-ce qui a changé ?] L'hyperindividualisme. Pour les grands économistes classiques - Smith, Ricardo, Malthus et Marx - existent des classes. Il y a les rentiers, les entrepreneurs, les salariés. Houellebecq lui se réfère à Alfred Marshall, professeur et ami de Keynes, qui n'a vu dans la société que des individus utilitaristes et rationnels qui agissent selon la loi de l'offre et de la demande. Houellebecq ne croit pas à ce postulat.
 « L'existence d'agents économiques irrationnels était depuis toujours la part d'ombre, la faille secrète de toute théorie économique», écrit-il dans «la Carte et le Territoire». Mais il a bien compris que les liens collectifs ne devaient plus exister pour que règne pleinement le marché.
Où est passé le prolétariat, par exemple ?
(…) Houellebecq ne croit pas que l'on puisse échapper à l'individualisme et à l'économisme. «De tous les systèmes économiques et sociaux, le capitalisme est sans conteste le plus naturel, cela suffit déjà à indiquer qu'il devra être le pire», écrit-il dans «Extension du domaine de la lutte».
(…) L'économie est désormais le discours des puissants. C'est une science religieuse. Malheureusement, je ne vois pas comment on peut en sortir. Vous êtes contre la compétitivité ? Alors vous voulez créer du chômage ! L'économie se présente comme le discours du bonheur qui s'est substitué au discours du lien, de la fidélité, ou encore de l'honneur, de la grandeur et de l'histoire.

 

(…) Dans un poème, Houellebecq a écrit : «Nous refusons l'idéologie libérale parce qu'elle est incapable de fournir un sens, une voie à la réconciliation de l'individu avec son semblable dans une communauté que l'on pourrait qualifier d'humaine.»

 

"Le capitalisme ne durera pas éternellement"
Extraits d’une interview de Bernard Maris parue dans le
Nouvelobs du 14-09-2014

A voir aussi en v.o.d., le surprenant téléfilm d'Arte, dans lequel Houellebecq joue avec une incroyable maestria son propre rôle ! Un film ovni

"Le capitalisme ne durera pas éternellement"

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