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2009-01-29T22:28:00+01:00

Bonny, c'est fini

Publié par undetension
Aujourd'hui, j'ai fait grève sans faire grève. Voilà quarante huit heures que je me retrouve seul pour organiser les obsèques imprévues de mon oncle à Bonny.
Tout le monde est stupéfait, il n'était en retraite que depuis dix ans. Voilà le résultat d'une vie d'ouvrier : à force de se lever tôt, de travailler dans le froid, de faire davantage d'heures que la durée légale parce que dans une PME c'est ça ou la porte, voilà le résultat, on meurt usé prématurément. Ses patrons, eux, s'en sont mis plein les poches, ont toujours travaillé au chaud, et pu profiter de la retraite plus longtemps.
Il était célibataire, alors comme son grand frère (mon père, six ans de plus) vit loin d'ici et a toutes les peines du monde avec ma mère, et moi-même étant fils unique, je me retrouve seul à m'occuper de tout. Tenez, cet après-midi, j'ai dû faire un aller-retour en voiture à Bonny pour préparer son enterrement lundi : je me suis rendu compte que sa maison sera sans doute vendue, et que je n'irai plus à Bonny.
Une ville qui a peu changé au fil du temps.






Ca m'a fait une petite pause, de prendre ces photos voici quelques heures. Car hier fut une journée difficile.

ATTENTION : à force de raconter des histoires, vous pensez peut-être que je plaisante. Eh bien pas du tout, et je vous déconseille carrément de lire ce qui suit si vous êtes trop sensible.



Une journée difficile, disais-je, à tel point que le soir, en rentrant chez moi par le métro, je n'eus aucun mal à m'asseoir seul sur une banquette pour quatre, dans un wagon pourtant bondé. En face de moi, une clocharde, seule également sur une banquette de quatre : les gens trouvaient que ça sentait mauvais et partaient plus loin. Comme quoi tout est relatif, moi, j'avais la sensation que c'était bien moins désagréable que ce que j'avais senti toute la journée.
Informé la veille par des voisins de Paris (où il vient une fois tous les mois ou deux, pour quelques jours),
que son courrier dépassait de la boîte aux lettres, et après avoir téléphoné à Bonny, je conclus que mon oncle n'avait pas quitté Paris depuis le nouvel an.
N'ayant pas de clés de son appartement, j'appelle donc les pompiers le lendemain matin. Ils cassent le carreau d'une fenêtre : nous pouvons rentrer.
Le corps sans vie de mon oncle gît sur le sol, probablement depuis deux ou trois jours. Je ne souhaite à personne de se retrouver dans cette situation.
A ce moment là, il est 9h30, et je ne sais pas encore que je vais rester ici jusqu'à 17h à attendre l'arrivée des pompes funèbres.
Il faut que je téléphone à mon père pour lui apprendre la nouvelle, son seul frère, son petit frère s'est éteint. Brutalement.
Maintenant que j'ai vu et vécu tout cela, plus grand chose ne peut m'effrayer.
La clocharde qui empestait dans le métro, le soir ? Du Chanel à côté.
Demander au médecin traitant de venir établir le constat de décès, faire transporter le corps par corbillard jusqu'à Bonny, obtenir les copies de l'acte de décès à la mairie,  nettoyer l'appartement (en brisant le double vitrage, les pompiers ont projeté le verre à plus de cinq mètres de la fenêtre, il y a en a partout, sur la table, les chaises...), passer des tas de coups de fil, en recevoir pas mal aussi (j'ai dû avoir les pompes funèbres au moins quinze fois) ce n'est rien du tout. Ce qui est dur, c'est de sans arrêt passer à quelques centimètres du défunt, dans ce minuscule appartement.
Les formalités administratives dans les mois qui viennent, tout ça, ce sera du gâteau.

Pour le cercueil, j'ai choisi une belle chemise et un beau costume, et j'espère que le visage pourra être embelli, parce que ce que j'ai vu était horrible, et je veux que mon père puisse voir son frère une dernière fois, sans marque de souffrance.



Horrible, comme cette centrale nucléaire de Belleville qui défigure Bonny.
J'y retourne demain, sans doute jusqu'à lundi, et je reviens vers vous avec des nouvelles plus gaies dans quelques jours, c'est promis, à bientôt.

La cheminée
crache sa vile fumée,
la mort hier matin
a craché son venin.



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2009-01-29T22:04:00+01:00

la crise développe un profond sentiment d'injustice

Publié par undetension
Quelque 190 manifestations à l'appel de huit syndicats, des grèves dans les secteurs public et privé le 29 janvier : que peut faire Nicolas Sarkozy face au mouvement social ? Pour Denis Muzet, sociologue, président de l'Institut Médiascopie, il est urgent de "refonder le contrat moral et social".


Le gouvernement doit-il redouter un grand mouvement social ?


Il y a quelques semaines, je vous aurais répondu par la négative. Dans nos enquêtes, les Français apparaissaient profondément choqués par la crise mais sans désir d'en rajouter. Aujourd'hui, il y a de la colère. Et la période, pour le gouvernement, est rude : les banquiers annoncent des résultats positifs pour 2008, alors que l'Etat vient de leur accorder plus de 20 milliards d'euros de soutien. En outre, certains banquiers et industriels rechignent à jouer le jeu du donnant-donnant que veut leur imposer le gouvernement, en se crispant sur les bonus. Cela alimente dans la population un profond sentiment d'injustice qui peut déboucher sur une révolte.


Pourtant, la France, grâce à ses amortisseurs sociaux, résiste mieux que d'autres pays.


Certes, mais pour les Français cette crise n'est pas seulement économique et sociale. C'est avant tout une crise de la morale. On a oublié l'homme et privilégié le profit. Et c'est aussi une crise du sens. Le montant des sommes perdues par les banques dépasse l'entendement. L'ampleur des sommes engagées par les Etats aussi. Lorsqu'ils en parlent, les Français se trompent souvent, évoquant des millions au lieu de milliards. A leurs yeux, le monde est devenu complètement fou. Lorsqu'il n'y a plus de repères, toutes sortes de dérapage peuvent se produire.

Nicolas Sarkozy avait bien perçu le danger lorsqu'il avait fustigé, fin septembre dans son discours de Toulon, les dérives du capitalisme financier. C'était une façon d'ouvrir les yeux de ceux qui ne voulaient pas voir que le monde était en train de radicalement changer. Mais il a en même temps ouvert une séquence de dramaturgie inouïe pour se présenter comme le sauveur. La plupart des médias se sont mis à parler de la crise avec un vocabulaire anxiogène sans que le discours global s'articule autour d'un récit cohérent.


Le gouvernement a pourtant rapidement annoncé un plan de relance de 26 milliards d'euros.


Le quantitatif ne suffira pas à enrayer cette crise ! A quoi bon investir ou consommer si l'on ne sait pas où l'on va ? Dans le vide actuel, le politique doit construire un discours de sortie de crise, donner du sens et une perspective. Il peut le faire en s'appuyant sur les valeurs montantes - l'écologie, la croissance durable, la quête de solidarité - et en tenant compte de ce que disent les Français. Ils ne pensent pas que l'Etat pourra relancer la machine et pour cause : la crise a submergé les Etats, menaçant même certains de faillite. Ils le voient comme un brancardier qui va soulager les blessés mais ils n'attendent pas de lui - qui a laissé la société dériver - qu'il les sauve. Ils ont compris que les individus avaient la capacité d'agir, en consommant différemment, en baissant le chauffage ou en laissant la voiture au garage pour prendre le vélo. Encore faut-il que le politique organise cela, qu'il le canalise et ouvre une perspective.

Nicolas Sarkozy avait eu une très bonne intuition, en janvier 2008, avec le concept de politique de civilisation. Mais il n'est pas allé au bout. Et son hyperactivisme a repris le dessus. Au plus fort de la crise, lorsqu'il a agi sur le plan national, européen et mondial, cela lui a réussi. Il est parvenu à rassurer et à entraîner. Mais, depuis janvier, son comportement est devenu anxiogène: il empile les réformes, c'est une surenchère de paroles et d'initiatives, l'action se noie dans le chaos ambiant.

La politique, c'est l'art du temps et de la perspective. Au lieu d'ouvrir un horizon, M. Sarkozy continue de jouer l'instantané et de faire comme si le temps n'existait pas.


Les syndicats et l'opposition sont-ils capables de canaliser le mécontentement ?


Les syndicats remplissent bien leur fonction de catharsis, d'exaltation du sentiment de révolte mais ils ne sont pas perçus comme crédibles pour aider le pays à sortir de la crise.

Quant à l'opposition socialiste, elle croit qu'il suffit de jouer la consommation au lieu de l'investissement et de doubler les milliards du plan de relance pour tirer le pays d'affaire. La solution à ce qui est une crise sociétale n'est pas qu'économique. Il faut refonder le contrat moral et social. L'opposition souffre de la même déficience que le gouvernement. Elle s'enferme dans une vision par trop économiste et quantitative. C'est pourquoi, je n'exclus pas une crise profonde du politique.


Propos recueillis par Rémi Barroux et Françoise Fresso, article paru dans le Monde du 29-01-2009






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2009-01-28T22:02:00+01:00

Crisis ? What crisis ? (2/2)

Publié par undetension


Une pochette de 1975, qui rappelle que la "crise" date de cette période. La musique est ambitieuse (la plupart des morceaux dépassent les cinq minutes) et n'a pas pris une ride, particulièrement les cinq premiers morceaux.
Supertramp vieillit bien. Reste à attendre la sortie de la crise : pas gagné ! Alors attendons en fredonnant leurs airs et en faisant semblant d'ignorer le mal.

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2009-01-25T21:48:00+01:00

beau comme un conte de la lune vague après la nuit

Publié par undetension
"Vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d'érable... ne pas se laisser abattre par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître sur son visage, mais dériver comme une calebasse sur la rivière, c'est ce qui s'appelle ukiyo"

L'exposition d'estampes japonaises à la Bibliothèque nationale est magnifique. Les 150 oeuvres, présentées par thème, ont toutes un intérêt. Les différents artistes savent aller à l'essentiel, avec des moyens bien différents des artistes occidentaux du XVIII° et du XIX° siècle.
Ils excellent particulièrement dans les paysages, dont on sait l'influence sur Claude Monet. Hokusai, évidemment, avec sa célèbre vague devant le mont Fuji, mais aussi Hiroshige.


Hiroshige "tourbillons de Naruto à Awa"




Hiroshige "lune d'automne à Seba"

C'était éblouissant, mais mes enfants, fans inconditionnels des mangas, ont préféré le style exubérant et très b.d. des dessins érotiques.


Kiyonaga


Peu d'artistes font des plans rapprochés des personnages, le plus souvent fondus dans un paysage. Quelques exceptions cependant, dans la partie consacrée au théâtre.


Sharaku

En quelques traits, avec peu de couleurs, les artistes japonais arrivent à créer des scènes pleines de vie et de dynamisme.



Shunsho



Harunobo
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Rappelons côté peinture que le musée d'Orsay présente le célèbre portrait d'Emile Zola par Manet, et que l'arrière plan du tableau montre le goût de ces deux hommes aussi pour les estampes japonaises.


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