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2013-05-27T02:01:00+02:00

Course interminable (et vaine) au bonheur du terrien qui raisonne du seul point de vue de l'"économie", de façon égoïste qui plus est

Publié par undetension

Saisissons l'occasion ! C'est si rare de nos jours, un économiste qui emploie le mot "bonheur" et cherche à rapprocher les gens !

 

(…) - « Vous parlez d’une rupture d’équilibre entre coopération et compétition…

- La société contemporaine devient en effet beaucoup plus compétitrice. Primes, classements en tout genre se multipliaient partout. La compétition l’emporte sur la coopération. Or, toute société se doit d’articuler les deux. (…) Partout, la compétition progresse et la coopération recule.

- Pour vous, le bonheur régresse ou stagne dans les société riches, en France comme ailleurs, malgré une richesse matérielle beaucoup plus élevée qu’autrefois. Pourquoi ?

- Le mécanisme psychologique qui explique cette frustration est a priori simplissime. Les gens ne sont jamais rassasiés parce qu’ils s’habituent à tout. Mais le point essentiel, que les économistes ont fini par comprendre, est que les humains sont incapables de prévoir cette adaptation elle-même. Les gens pensent qu’en ayant plus qu’ils n’ont aujourd’hui ils seront plus heureux, mais uniquement parce qu’ils ne parviennent pas à comprendre que, une fois riches, leurs besoins évolueront aussi. Le plaisir que l’on pense obtenir en s’enrichissant s’évapore, et il en faut encore davantage, mais toujours en vain. Un autre facteur dissipe la satisfaction d’être plus riche : la comparaison aux autres. Chacun veut réussir relativement à ceux auxquels il se compare. Une course-poursuite est alors engagée, sans que personne n’en maîtrise la logique. Je veux être plus riche que mes voisins, et ceux-ci veulent l’être aussi, et au final la course est vaine. La poursuite du bonheur est totalement inefficace, si l’on veut utiliser ce langage. Les humains échouent deux fois : à saisir la la logique de leurs propres aspirations, à coordonner leurs décisions avec celles des autres. La formidable accumulation de richesses dont le capitalisme a été capable est fondée sur des principes absurdes, si on les rapporte à la stricte recherche du bonheur. (…)

- La crise financière en Occident révèle-t-elle son déclin irrémédiable ?

- La crise financière se situe à l’intersection de tous ces éléments. Le nouveau capitalisme financier a éradiqué la société de classe moyenne qui pouvait exister dans les années 1950 et 1960 aux Etats-Unis. La montée des inégalités américaines n’a laissé aux classes moyennes et populaires que la dette pour tenir leur place dans la société. (…)

 

cohen-homo-economicus.jpg

 


- Vous écrivez « Le paradoxe central de notre époque est le suivant : l’économie est sommée de prendre en charge la direction du monde à un moment où les besoins sociaux peinent à s’inscrire dans la logique marchande». Quels sont ces besoins de la société post-industrielle qui n’entrent pas dans le moule économique traditionnel ?

- Le paradoxe de la période actuelle est en effet que l’économie tend à dicter partout son modèle, mais à un moment où l’évolution des besoins sociaux va dans une autre direction. Les grands pôles de la société post-industrielle que sont notamment l’éducation et la santé n’entrent pas dans le cadre de la société marchande. Lorsqu’on essaie de donner des incitations financières à des profs et des médecins, en fonction de leurs résultats par exemple, on débouche vite sur des catastrophes pédagogiques ou sanitaires.(…)

- Selon vous, « la force d’entraînement sur l’ensemble de l’économie des nouvelles technologies reste incertaine. Il semble improbable qu’elle permette de répéter, voire d’approcher, la croissance industrielle du XXè siècle ». Est-on condamné à un appauvrissement généralisé ?

- Le cœur de l’activité est aujourd’hui dans les services de proximité et dans la production immatérielle. D’immenses gains de productivité et de croissance y sont possibles grâce à la révolution informatique notamment (…) La croissance fonctionne davantage au cost cutting –la réduction des coûts- qu’à l’extension de la production. Son potentiel devrait être plus faible qu’à la grande époque de la production de masse.

- Pour vous, l’euro s’est transformé en une nouvelle « prison dorée, et l’austérité imposée aux pays fragiles crée un remède pire que le mal ». Que faut-il faire ?

- L’Europe est confrontée à une crise existentielle. Les pionniers de la construction européenne avaient parié que que l’intégration économique déboucherait sur l’intégration politique. Les dirigeants actuels font la douloureuse découverte que ça ne se passe pas comme prévu. L’économie ne mène qu’à elle-même, et certainement pas à la citoyenneté politique. Aujourd’hui, les Allemeands ne veulent pas payer pour les Grecs ou les Espagnols, et ce faisant ils répètent exactement les erreurs des années 30 : ils laissent les marchés financiers s’affoler, sans forces de rappel et sans repères. » (…)

 

extraits d’une interview de Daniel Cohen publiée dans le Nouvelobs du 30-08-12

 

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