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2012-12-01T04:47:00+01:00

N.S., sinon impliqué, du moins mentionné dans plusieurs affaires

Publié par undetension

Indignez vous ! La parole est à P. Bilger, magistrat honoraire et ancien avocat général

 

philippe-bilger.jpg

 

"Dans l’actualité judiciaire il y a des moments qui, aussi éprouvants qu’ils aient pu être, suscitent une douce ironie.

Nicolas Sarkozy sort évidemment soulagé de 12 heures d’audition en ayant été placé sous le statut de témoin assisté. En relation téléphonique avec son ami Balkany (très approprié pour ce type de confidence !), il lui annonce qu’il a confiance dans la justice de son pays. L’ex-président fait apparemment une découverte alors que le président Sarkozy, lui, n’avait pas manifesté durant son quinquennat une dilection particulière pour les magistrats. Il n’est jamais trop tard pour se féliciter de l’État de droit !

 

Et pourtant, rien n'est joué

 

Cette anecdote va bien au-delà d’elle-même. On aurait tort en effet d’analyser le duel Fillon-Copé comme la première séquence d’une droite orpheline, alors qu’en réalité il n’est que le paroxysme d’une droite trahie depuis 2007, avant d’être dévoyée lors de la campagne présidentielle de 2012. Copé et Fillon ont hérité d’une droite déjà en miettes.

Parce que Nicolas Sarkozy serait témoin assisté dans ce dossier où le magistrat instructeur Gentil et ses collègues se penchaient sur un éventuel abus de faiblesse, sa défense devrait crier victoire. Force est de reconnaître que Me Thierry Herzog, remarquable avocat tant lors de l’action que dans ses propos postérieurs, l’a fait avec mesure et sans vulgarité aucune. Il n’est pas de ces conseils qui parasitent la gloire ou la réputation de leur client pour s’en parer abusivement. Me Herzog est trop fin pour cela.

D’abord il sait que rien n’est joué dans ce dossier. Même si on nous indique que le juge Gentil aurait fait une confusion actée entre Liliane Bettencourt et Ingrid Betancourt dans l’agenda de Nicolas Sarkozy, rien n’interdirait par la suite, si des indices graves et concordants venaient à apparaître dans le cours de cette procédure déjà longue, de mettre en examen l’ancien président.

Surtout, trop d’assurance à la suite de cette séquence procédurale serait malvenu alors que Nicolas Sarkozy est, sinon impliqué, du moins mentionné dans d’autres affaires, dont les principales sont Karachi et les sondages de l’Elysée. Me Herzog aura encore du pain sur la planche et des combats à mener.

 

Un scandale dans la forme

 

Il est très révélateur de la qualité et du niveau éthiques de ce dernier quinquennat de voir tant de possibles mises en cause surgir de l’obscurité qu’affectionne l’État pour ses coups fourrés.

Si j’osais une comparaison, il me semble que demain, on pourrait être confronté à un ancien chef de l’État, protégé judiciairement à cause de la rigueur et de l’exigence qui doit s’appliquer à la preuve, mais dont le comportement, durant cinq ans, a mis à mal la République à cause d’attitudes, de rencontres, d’influences et de pressions. Un non lieu, dans l’abus de faiblesse, n’effacera pas les huit rencontres entre le garant de l’unité et de l’indépendance de la magistrature que devait être théoriquement Nicolas Sarkozy et le procureur Courroye à Nanterre.

Il y a là un scandale dans la forme, les modalités, dont le citoyen ne pourra que s’indigner : rien de plus. C’est comme pour Outreau : le discrédit du juge Burgaud résultait moins de l’officiel de la Justice que de l’officieux, dont il était le seul maître et qui n’était pas sanctionnable.

Triste temps, partout, pour la morale publique.

Nicolas Sarkozy a au moins été obligé de s’avouer que les magistrats n’étaient pas "des petits pois". Une avancée, même si elle est tardive".

 

article paru dans le Nouvelobs du 23-11-12

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