
La finance à l'index ?
(...) "Personne ne sait encore combien coûtera la crise actuelle. Les précédents japonais ou scandinave suggèrent cependant que la commotion économique sera longue à résorber et que les
Etats-Unis s'en tireront à bon compte si la facture pour les comptes publics reste inférieure à 1 000 milliards de dollars. C'est dire que la destruction de valeur a toute chance d'être
massive.
L'opinion est furieuse. Il y a motif à l'être, tant il est visible que des dispositifs pervers ont incité à l'aventurisme. (...)
L'idée de faire appel aux fonds publics pour renflouer les acteurs ou les complices de ces dérives suscite la révulsion.
Néanmoins, les crises bancaires se sont, partout et toujours, soldées par l'injection massive de fonds publics, parce qu'il est trop dangereux de laisser l'onde de choc d'une grande faillite se
propager dans tout le système. Tout hostile à l'Etat qu'elle soit, l'administration Bush n'a pas fait exception à la règle. Elle s'est contentée (non sans dommages d'ailleurs) de prendre
Lehman Brothers pour victime expiatoire.
Permettre la prise de risques et garantir le renflouement en cas de faillite incitent évidemment à l'imprudence. C'est pourquoi la contrepartie de la protection publique (fût-elle implicite) est
classiquement une supervision publique. Sur fond idéologique de méfiance à l'égard de l'Etat, cependant, l'industrie financière a, des années durant, fait valoir avec un succès croissant que
l'autorégulation était préférable à la réglementation. Entre contournement des garde-fous et émergence, avec les banques d'investissement et les hedge funds, d'un système parallèle déréglementé,
l'équilibre traditionnel s'est progressivement délité, sans que s'y substitue l'autodiscipline.
A coup sûr, la crise marque un tournant. Entre les tenants de la responsabilité publique et les avocats d'une finance dérégulée, les faits ont donné tort aux seconds. Le retour de l'Etat
régulateur est certain, parce que les citoyens n'accepteront plus les garanties sans contrepartie. Reste cependant une deuxième question, essentielle pour définir les contours de cette
régulation à venir : avons-nous besoin de plus ou de moins de finance ? (...)
A court terme, il est certain que le secteur financier, et avec lui les bonus, va subir une cure d'amaigrissement. Mais à plus longue échéance, il serait dangereux de rêver d'une économie
délestée de la finance. (...)
Il y a beaucoup de raisons de penser que l'économie et la société modernes ont besoin de davantage, plutôt que moins de finance. En Europe, il est aujourd'hui malaisé, ou impossible,
d'emprunter pour financer des études longues, de se diversifier lorsqu'on a investi toute son épargne dans son logement, ou de se prémunir contre le risque de dévalorisation de ses compétences.
Chacun de ces besoins appelle le développement de nouveaux instruments financiers.
Réguler, inéluctablement. Pourchasser les rentes, évidemment. Punir, certainement. Mais il ne faut pas mettre la finance à l'index".
Jean Pisani-Ferry (économiste et directeur de Bruegel, centre de recherche et de débat sur les politiques économiques en Europe)
article paru dans le Monde du 1er octobre 2008, ainsi qu'une série d'autres, passionnant, comme l'interview de six économistes renommés, qui ne croient pas à la fin du capitalisme financier de type anglo-saxon
Et enfin, sur le spectaculaire refus des parlementaires américains de voter le plan de sauvetage de
700 milliards de dollars approuvé par Obama et McCain, Wall street a
fauté, Wall street doit payer. Ca fait beaucoup de lecture, mais c'est important.
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