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2008-11-13T23:46:00+01:00

les pauvres en Grèce, les riches (1/3)

Publié par undetension
Interview exclusive, en trois parties, du professeur Gillos Kollinos, docteur en économie, diplômé de l'université de Moussaka, doyen des facultés de Tarama-Feta et d'Ouzo-Raki, auteur du best-seller « pourquoi les classes populaires n'adoptent pas le régime crétois et s'empiffrent de bouffe industrielle yankee sans saveur et néfaste pour la santé ? ». Prochain ouvrage à paraître : « pourquoi les classes supérieures sont-elles les classes les plus avares, et comment font-elles pour contrôler le pouvoir politiques économique et culturel en étant aussi peu nombreuses (généralement moins de 5% de la population totale), ou, dit autrement : pourquoi les pauvres engraissent les riches ? »

- Vous qui n'accordez jamais d'interview, pourquoi avoir décidé de rompre le silence ?
- Parce que l'opinion publique est devenue folle, littéralement folle à lier.
- C'est-à-dire ?
- Elle réclame des sanctions exemplaires pour un jeune qui vole un fruit à l'étalage, elle se dit favorable aux maisons de redressement pour les mineurs petits délinquants, mais elle passe l'éponge sur l'arnaque du siècle.


- Peut-être est-ce un ou deux ans trop tôt ?
- Non, rien n'arrivera. La résignation est totale et durable. Je suis personnellement sidéré pour l'apathie générale : il serait humain qu'un client ait envie de casser la gueule à son banquier, en ce moment. Eh bien non. Même pas un pavé dans la vitrine.
- Il a peur de perdre ses économies ?
- Non, le plus souvent, il n'en a pas, ou peu. Mais il est pétrifié. Je crois que c'est surtout son job qu'il a peur de perdre. D'où cette acceptation tacite. Acceptation certes accompagnée de souffrances intérieures, d'inquiétude pour l'avenir, de stress, mais inquiétude sourde, rentrée, sans relais médiatique : on peut dire que la partie est déjà gagnée pour les banquiers, le système sera modifié a minima, à défaut de réaction de l'opinion publique.
- Avant de revenir à l'actualité, une question plus personnelle : pourquoi les titres de vos livres sont-ils si longs ?
- Parce que lycéen, j'avais découvert les films de Woody Allen avec « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander », et que depuis je vénère ce réalisateur. Avouez que « Guerre et paix » donne moins envie de rire, comme titre. C'est juste un hommage, un clin d'œil. D'ailleurs, je travaille actuellement à un ouvrage qui pourrait s'intituler :

« le vieil adage "privatisons les profits, nationalisons les pertes" revient à la mode : est-ce à dire que le krach boursier de 2008 confirme une bonne fois pour toutes que les banquiers bénéficient d'une impunité totale, que les patrons promettront sur l'honneur d'être moins gourmands à l'avenir et qu'une fois la crise passée ils auront oublié leurs grandes déclarations, que les entreprises réduiront quelque temps la voilure pour cause de gros temps, puis reprendront la course aux profits dont seuls les actionnaires et les dirigeants verront la couleur ?
Autrement dit, à la question cette crise est-elle la der des der ? La réponse à apporter est évidemment non. Et à la question cette crise est-elle la plus grave depuis 1929 ? Évidemment oui. ».

Bon, je reconnais que c'est aussi une manière d'attirer l'attention en prenant le contre-pied des autres ouvrages économiques, et de mettre un peu d'humour dans un monde qui en manque cruellement.
- Merci pour ce scoop. Maintenant, nos lecteurs attendent surtout vos observations sur l'actualité brûlante : alors, ça y est la bulle financière a éclaté, le système bancaire semble soutenu par les pouvoirs publiques, le G20 se réunit ce week-end, le plus dur est-il derrière nous ?
- Non.
- C'est inquiétant...
- C'est terrible. Pour l'homme de la rue, le virtuel est une donnée négligeable, y compris lorsque les chiffres atteignent les centaines de milliards de dollars.


Or, bientôt, le réel va frapper à sa porte, et lui mettre le moral dans les chaussettes.
- Sous quelle forme ?
- Multiples. On va dire pour simplifier que tous les ingrédients d'une crise économique majeure, mondiale, sont réunis.
1) Confiance perdue, les ménages vont moins consommer et déprimer le marché immobilier.
2) Les entreprises vont subir simultanément un triple choc :
baisse des commandes, à cause du premier point ;
baisse de leur valeur boursière, tout a commencé par là, en septembre ;
accès au crédit plus difficile et plus cher.
Il faudra donc licencier, mais ce ne sera pas suffisant pour enrayer la chute des profits.
C'est une spirale baissière : sachant que les entreprises vont gagner moins, les investisseurs boursiers anticipent les mauvais résultats en vendant leurs titres dès maintenant. Quand ce n'est pas dans la précipitation pour régler leurs propres dettes, quitte à brader des joyaux.
Tous les clignotants sont alors au rouge : la demande est faible, et ne pousse pas à investir. Et quand bien même, comment investir, avec des actionnaires fantôme et des banquiers aux exigences dissuasives ?

(à suivre)

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