
Hansen, c'est ce scientifique américain réputé qui, il y a 20 ans, alertait le premier l'opinion publique des dangers du réchauffement climatique.
Plus personne aujourd'hui ne conteste l'évidence : les dix années les plus chaudes observées depuis 1850 l'ont été depuis 1997. Les températures mondiales pour la période 2000-2008 sont près de 0,2°C supérieures à la moyenne de la décennie 1990-1999.

L'an dernier, Hansen persévérait, les journaux en ont parlé :
Un climatologue de la NASA accuse les pétroliers de "crime contre l'humanité et la nature"
Jeudi 23 juin 1988, sous une canicule inédite, le climatologue James Hansen témoignait devant une commission parlementaire du Congrès des Etats-Unis. Ignorant les précautions affichées
à l'époque par l'ensemble de la communauté scientifique, il annonçait être certain à "99 %" que le climat terrestre était entré dans une période de réchauffement provoqué par les activités
humaines.
(...) Invité par des représentants démocrates, lundi 23 juin 2008, à s'exprimer à nouveau devant une commission du Congrès, James Hansen, 67 ans, a réitéré ses avertissements avec
aussi peu de réserves qu'il y a vingt ans.
Largement diffusé sur Internet, le texte de son intervention dresse d'abord l'état des lieux des
connaissances sur le climat. Selon le directeur du Goddard Institute for Space Studies (GISS) - l'un des principaux laboratoires de sciences climatiques de la NASA -, la machine climatique est
proche d'un "dangereux point de bascule". Il faut, dit-il, réformer les pratiques agricoles et forestières, taxer le carbone, établir un moratoire
sur la construction de nouvelles centrales à charbon et bannir complètement ces dernières, à l'échelle mondiale, d'ici à 2030. Le chercheur prédit une élévation du niveau des mers
d'environ 2 mètres à la fin de ce siècle si rien n'est entrepris pour limiter les émissions de gaz à effet de serre - estimation très supérieure à celles généralement énoncées.
Surtout, M. Hansen dénonce "le vaste décalage entre ce qui est compris par la communauté scientifique compétente et ce qui est connu par les décideurs et le grand public". Pour expliquer le
peu d'actions entreprises depuis vingt ans pour entraver le changement climatique, il met en cause les "intérêts particuliers" privilégiant leurs "profits à court terme".
Le propos est d'une violence inhabituelle. "Des sociétés ayant leurs intérêts dans les combustibles fossiles ont propagé le doute sur le réchauffement,
de la même manière que les cigarettiers avaient cherché à discréditer le lien entre la consommation de tabac et le cancer, écrit M. Hansen. Les PDG de ces sociétés savent ce qu'ils font et
connaissent les conséquences sur le long terme d'un scénario business as usual'', ajoute le chercheur. A mon avis, ces dirigeants devraient être poursuivis pour crime contre l'humanité et la
nature." (...)
Article paru dans Le Monde du 25-06-2008
Très remonté, Hansen vient d'écrire au futur Président américain, comme le relate la presse ce matin (frigorifique ! pour faire mentir Hansen) :
(...) Le
climatologue (...) formule trois requêtes. Trois conditions pour combler la "profonde déconnexion entre les actions envisagées dans les cercles dirigeants et ce qui est exigé par la science pour
la préservation de la planète".
M. Hansen propose d'abord au président élu l'adoption d'un moratoire sur toute nouvelle construction de centrales électriques à charbon ne
capturant pas le dioxyde de carbone (CO2) émis. Puis la mise au rencart progressive de celles en activité. Engagé dans une croisade contre le charbon, M. Hansen avait, voilà quelques mois,
formulé la même demande à Angela Merkel et à Gordon Brown.
Outre le
bannissement du charbon, très émetteur de CO2, M. Hansen propose un mécanisme de taxation du carbone capable, selon lui, de " décarboner''
l'économie" américaine et d'"aiguillonner l'innovation", tout en aidant " les plus démunis et le climat".
L'idée est d'une désarmante simplicité. Au lieu de recourir à la machinerie complexe du marché des émissions, il s'agit d'instaurer une taxe carbone sur tous les produits, proportionnelle à leur
contribution au changement climatique. "Pas un centime" de cette taxe n'irait grossir le budget fédéral américain : son produit serait reversé à la population, tous les mois, "sur la base de
parts égales, avec une demi-part par enfant et un maximum de deux enfants par foyer", écrit James Hansen.
Au terme de ce mécanisme, "une personne réduisant plus que la moyenne son empreinte carbone gagnerait de l'argent". Le système aurait d'autres vertus : les produits locaux n'ayant pas nécessité
de longs transports seraient moins coûteux. Quant à l'immigration illégale, elle serait découragée, car "tout monde paie la taxe, mais seuls les citoyens légaux en collectent le
produit"...
Enfin,
estime le climatologue, bien que "l'efficacité énergétique, les énergies renouvelables et un réseau électrique intelligent méritent la priorité", il est "urgent de soutenir fortement la recherche
et le développement sur les réacteurs nucléaires de quatrième génération".
Stéphane
Foucart
Article paru dans l'édition du Monde du
05-01-09.
Son plan est cohérent, le point 2 (le système carbone) séduisant, mais les points 1 et 3 contestables : on voit mal la Chine renoncer au charbon et le nucléaire devenir la panacée.
Le moins coûteux financièrement (argument appréciable en ce moment), suivrait une voie radicalement différente, beaucoup plus efficace : changer de mode de vie ; mais qui y est prêt ?
Si personne ne modifie ses habitudes (hypothèse par défaut retenue par Hansen), il y aura un changement quand même, c'est acquis : un changement climatique. Il faudra donc bien choisir.
A l'horizon 2020, le solaire et l'éolien étant disqualifiés, les experts de l'ONU recommandent d'explorer les voies de la biomasse et de l'hydroélectricité. Le nucléaire ? Trop dangereux, trop coûteux, trop long à installer (plusieurs décennies).
Et en France, la production de statistiques environnementales est-elle fiable ? Un universitaire en doute, faute d'autonomie de l'agence de mesure :
"De la démocratie et de son avenir
Des décisions d'apparence anodine en affaiblissent l'usage de mois en mois
A quoi tient la démocratie ? A la possibilité pour chaque citoyen d'exercer son pouvoir de critique sur la conduite du gouvernement, à la garantie d'un débat public ouvert et informé, au contrôle incessant de la société sur un pouvoir qui ne saurait prétendre être autre chose que le délégataire temporaire d'une légitimité qui ne lui appartient pas. Mais pour s'exercer, l'Histoire n'a cessé de nous l'apprendre, ces droits et ses libertés supposent l'existence et la préservation d'institutions réflexives capables de produire, en toute indépendance, les données, les cadres d'analyse, les manières de pensée indispensables à la vie démocratique d'une nation.
Produite désormais par le ministère de l'écologie, la production des statistiques environnementales ne sera plus le fait d'une agence autonome. Quel est, par ailleurs, le point commun entre la reprise en main spectaculaire de l'audiovisuel public ; l'évidement du CNRS au profit d'un pilotage direct de la recherche publique par des agences dépendantes du gouvernement ; la disparition programmée de l'enseignement obligatoire des sciences économiques et sociales au lycée ; les menaces préoccupantes qui pèsent aujourd'hui sur l'indépendance de l'Insee ; les coupes sèches dans les subventions aux associations d'éducation populaire, jusqu'à la volonté, moins anodine qu'il n'y paraît, de supprimer les épreuves de culture générale dans les concours de la République, sinon l'affaiblissement d'instances et de lieux de savoir susceptibles de nourrir la critique dans une société démocratiquement active ?
Dans un monde où les sources d'une contre-expertise se seront taries, où les enfants seront éduqués dans l'amour du marché, où les voix dissidentes et porteuses d'une autre vision de l'intérêt général au sein de l'administration se seront tues, où les médias seront concentrés entre les mains d'une poignée d'industriels dépendants ou complices du pouvoir, serons-nous encore en démocratie ? Certes, il restera des élections, il restera des médias, comme dans la Russie de Poutine, mais la démocratie sera cliniquement morte".
Loïc Blondiaux est professeur au département de science politique de la Sorbonne (Paris-I).
Article paru dans l'édition du Monde du 27-12-08

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