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2009-10-02T17:58:00+02:00

fort reflux du monde ouvrier au mieux, démocratie fragilisée au pire ?

Publié par undetension



(...) "Que veut vraiment dire la droite quand elle se gargarise de la crise de la social-démocratie ? Que le système coûte trop cher ! Qu'on donne trop aux salariés ! Il faut donc réduire les effectifs, les indemnités, la Sécu, les salaires ! Et cela marche ! Les gens le croient, fût-ce à leur corps défendant. Au dire des économistes, la part des salaires dans le revenu national ne cesse de baisser depuis vingt ans. C'est cette version melliflue, cette version enfarinée de la fameuse crise que je ne saurais accepter. Car elle ne relève pas de la rigueur économique, elle relève de la propagande idéologique. Le but, c'est de faire accepter par les braves gens une répartition de plus en plus injuste des revenus, dont l'affaire des bonus n'est qu'un symptôme. Pour ne pas dire un leurre. Voyez comment le G20 amuse la galerie avec ces sacrés bonus plutôt que de s'attaquer à la réforme du système bancaire.
Peut-on moraliser le capitalisme ? Nous sommes tous d'accord ici pour penser que si l'on veut le faire reculer, il faut établir avec lui un véritable rapport de force. C'est depuis que le capitalisme n'a plus d'adversaire à l'échelle mondiale, fût-il le plus odieux, qu'il a poussé tous ses avantages et qu'il est parvenu à une répartition de la richesse qui lui soit plus favorable que dans le passé. C'est dans le contexte politique de reflux du mouvement ouvrier que le néocapitalisme a installé son emprise.(...)
Le salut est dans un retour au réel et à la rigueur de l'analyse. C'est la condition d'un rapprochement politique. Tant que les gauchistes de toutes farines n'auront pas accepté franchement l'économie de marché et resteront barricadés derrière les palissades du socialisme Cro-Magnon, ils seront sans prise sur la réalité et constitueront électoralement l'armée de réserve de la droite. Tant que les partis sociaux-démocrates n'auront pas rompu avec l'illusion d'apprivoiser par la douceur un capitalisme financier ivre de sa puissance, ils resteront les symboles d'un socialisme Banania, caisse de résonance à gauche de l'idéologie néolibérale. On s'en doutait : il y a du travail."


Jacques Julliard, extraits de sa chronique du Nouvel Observateur du 1-10-09 



Rélégué au fin fond du supplément télévision du nouvelobs, Jean-Claude Guillebeaud a pourtant une très belle plume aussi : il mériterait une meilleure exposition.



Exemple pris cette semaine :


(...) "Nous bivouaquons dans un présent gavé de pain et de jeux. Les temps ne sont durs que pour quelques uns. Pour le reste, le scepticisme désenchanté et la dérision rigolarde gouvernent l’air du temps. Mais la peur du manque, en vérité, est obscurément revenue dans la cité. Et, avec elle, la conscience d’une insécurité nouvelle.

Qui oserait articuler tout haut ce qu’il pressent ? Ceci. L’enrichissement continu sur lequel nous avions fondé, après la guerre, nos systèmes démocratiques et gagé la paix sociale apparaît crûment pour ce qu’il était : moins un destin garanti qu’une temporalité éphémère, une phase hors norme du destin occidental. Il n’est pas impossible que la fête soit vraiment finie…Trente Glorieuses, Etat providence, Sécurité sociale et tutti quanti. Sous les replâtrages au jour le jour, derrière les chipotages politiques, se creuse déjà un vide aussi profond qu’une question. Qu’était donc, au fond, cet état de croissance sinon une commode mise en abyme de l’inégalité, une trêve partielle entre riches et pauvres patiemment reconduite de budget en budget ? Comment sauverons-nous la démocratie sans l’élixir de la croissance ? Nul ne le sait. C’est ailleurs vers cette Asie mirobolante, cette Chine affolée d’enrichissement et cet Orient industrieux que la croissance s’est expatriée. Ainsi, un fantasme nouveau hante-t-il désormais l’Europe, celui de le consubstantielle fragilité démocratique. Voyez déjà comme nos démocraties se durcissent, se raidissent, tandis que réapparaissent, après démaquillage, les corporatismes, les frivolités pipoles, les individualismes obstinés, les égoïsmes nus et cette « avidité des riches » que - bien avant le christianisme - condamnait Aristote.

Danserons-nous encore longtemps sur le pont d’Avignon ?"

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