
Voici donc la prose de Monsieur P.S., qui aurait pu tout aussi bien faire une brillante carrière dans le journalisme. Seul le nom a été modifié. Je suis admiratif. Le jeu de mots sur globe-trotter, l'idée de faire à la fois un portrait et une interview, sa façon d'exploiter l'heure d'interview, enfin tout : il est fort !
Voici son article :
enseignant à l’ENI Noisy
G. Callinou, alors étudiant, irréductible Breton n’ayant presque jamais quitté la France, connaît son voyage initiatique en 1981. « J’ai passé un mois dans une famille à Los Angeles. Découvrir de plein fouet l’Amérique la plus high tech, ça été pour moi une révolution. »
Non moins révolutionnaire la traversée de l’URSS par le Transsibérien en 1982. « Le temps s’était comme arrêté juste après la seconde guerre mondiale. La vie des Soviétiques ne présentait aucune sophistication. La propagande était encore axée sur la victoire sur le nazisme. » Depuis, il est allé aux quatre coins du globe. Etapes marquantes au Mexique, en Algérie, en Chine, à New-York. Passages répétés dans les parcs du Far West étasunien, aux Antilles et à Rome, ses coups de coeur. Dernière escale en date : Dubaï.
Avant de décoller, il dévore les guides, liste les sites à ne pas manquer. «Je mélange le connu et l’inconnu. Une petite chapelle est parfois plus belle qu’une grande cathédrale. Je cherche les endroits où l’on sent la respiration du pays.» Sa règle d’or : éviter les hôtels, « pour s’arrêter là où l’on se sent bien ». Ainsi, en vivant un peu à l’improviste, « il est facile de discuter avec les gens, de se faire inviter, de découvrir les choses en profondeur. »
Une solution originale ? « Plusieurs fois j’ai pratiqué l’échange de maisons, ce qui permet de s’immerger dans la vie des nationaux. » Osmose d’autant plus aisée que, « comme Français, nous bénéficions d’un a priori favorable. A condition de ne pas arriver tel un colon, vêtu d’habits de luxe. La carte de crédit ne nous donne aucune supériorité. Les plus beaux moments ne s’achètent pas. Ce sont des sourires, des mains serrées, des regards échangés, qui restent ancrés dans la mémoire plus profondément que le souvenir, parfois fabriqué en Chine, qu’on ramène dans ses bagages. »
Ses voyages ne s’achèvent pas une fois les valises rangées. Passionné de photo et épris d’écriture, il s’adonne à la confection de carnets. « C’est ma manière de refaire le voyage et de traduire ma vision du monde. » Une vision en ligne sur son blog (undetension). «Je prépare mes séjours en m’informant sur l’histoire, la population, l’arrière-plan politique, économique, social du pays. Au retour, je rédige de courts articles illustrés de clichés ou de vidéos où je cherche à cerner au plus près la vie des gens à l’étranger. L’avantage du blog est de recevoir des réactions. C’est un excellent outil pour être au milieu du monde, montrer l’originalité de ma perception et, en même temps, ne pas être à l’ouest. »
Si la DGI permet l’expatriation, G. Callinou n’a jamais cédé aux sirènes de l’exil. « J’y ai songé lors d’une mission de formation aux Antilles mais sans hésiter, non, j’ai besoin de Paris et de ma Bretagne natale, j’ai besoin de revenir ici pour rêver de repartir ailleurs. Du reste, j’arrive aussi durant l’année à connaître de grandes joies sans sortir de ma commune, en allant au théâtre, au cinéma, en lisant un livre. De toutes façons, le plus beau voyage est celui qu’on fait dans sa tête. Si un jour, j’étais condamné à ne plus voyager, je ne le vivrais pas trop mal. J’ai suffisamment d’imagination pour des voyages immobiles. »
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge".*
G. Callinou : Dubaï est un endroit fascinant, perdu en plein désert mais voué à une totale démesure. Voitures de prestige, buildings plus hauts et plus beaux qu'à New-York, centres commerciaux majestueux, partout c'est une débauche de luxe. Dubaï est une sorte de super Suisse, tout y est très propre, très sécurisé. L'éducation et la santé sont excellentes. Le meilleur est offert dans tous les domaines. On se demande comment cela est possible.
C'est extraordinaire, rien n'était sorti de terre en 1950. A une rapidité vertigineuse, une poignée de bédouins, sans mépris de ma part, a créé un empire connu sur les cinq continents. Ils ont compris très tôt l'intérêt de préparer l'après - pétrole et ont déjà réussi. Dubaï est une destination touristique incontournable, un centre économique et boursier sans équivalent à moins de 3000 km à la ronde. Leurs projets sont hallucinants. Ils vont bientôt inaugurer la plus haute tour du monde (600 m), le plus grand aéroport. C'est le pays qui fait actuellement rêver les investisseurs asiatiques et russes.

ENI Info : miracle économique, certes, et progrès social ?
Ce miracle est dû en partie à la main d'oeuvre originaire du Bangladesh, du Sri Lanka, qui représente plus de 80 % de la population. Une main d'oeuvre surexploitée, sous-payée, très pauvre, à qui les lois interdisent la libre fréquentation des touristes. On n’a quasiment aucun contact avec la communauté des Dubaïotes. Ils sont très minoritaires, vivent isolés. C'est leur façon de garder leur identité, de protéger leurs traditions sociales, religieuses. Ils dirigent le pays et le possèdent. A Dubaï, tout est contrôlé par des Dubaïotes.
Assurément, j’y retournerais volontiers découvrir les dernières réalisations, parcourir les paysages grandioses du désert ou faire de la plongée dans les criques du détroit d'Ormuz.
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