
Ceci n’a pas l’heur de plaire à mon ami E.1, qui, las de recevoir des e-mails (d’une liste d’envoi d’une cinquantaine de personnes qu’il ne connaît pas toutes) signalant telle ou telle nouvelle blague sur Sarko, a répondu ceci hier :
Chers tous,
1) quelles sont les décisions à prendre, les actions à mener, les changements à opérer pour faire face aux défis que l’on connaît
2) quelle est la meilleure personne pour mener à bien ce projet, qu’elle soit de droite, de gauche, du centre, que ce soit un homme, une femme, …
Je lui avais signalé il y a un mois environ, chez lui : il ne se rend pas compte de la haine que ce futur président inspire, particulièrement dans les banlieues.
Moi qui n’ai jamais voté à droite (sauf, évidemment, sous la menace de l’extrême-droite, en 2002) je lui ai dit que pour moi, Barre, Balladur, Chirac, Giscard, c’étaient des types qui me laissaient indifférent. Sarko, c’est le premier qui ne m’indiffère pas. J’ai envie de la claquer. Il a une tête de va-t-en guerre (contrairement à Chirac), une tête à claque, c’est de l’ordre de la répulsion physique. Je n’ai même pas envie de lui dire merci de nous avoir débarrassé de la menace lepéniste. En plus petit, à l’échelle de la France, il réussit ce miracle d’être aussi détesté que les Etats-Unis, Bush en tête, dans le tiers-monde. Ces évidences sont peu relayées, car la presse des pays pauvres est étroitement dépendante des rentrées publicitaires générées par des sociétés américaines (Coca-Cola et la filière agro-alimentaire, toutes les firmes automobiles et pétrolières…). Ne parlons pas des régimes politiques, qui mangent carrément tous dans la main de l’oncle Sam.
La vérité la plus partagée actuellement par les milliards d’êtres humains qui vivent sur notre planète est également la mieux cachée. L’immense majorité des pauvres du monde entier a, malgré elle, ressenti de la joie lorsque les tours jumelles se sont effondrées à New York, en 2001. C’est le tabou absolu.
Au fin fond de l’Amérique du sud, de l’Asie ou de l’Afrique, le premier hère venu qui a la chance d’avoir un travail aurait trop peur de le perdre s’il disait tout haut qu’il a pensé « c’est bien fait pour eux » le 11 septembre 2001. Pourtant, c’est ainsi : il existe une haine rentrée, une haine invisible, une haine ancienne (sans doute depuis le Vietnam) dans le monde, concentrée sur un pays.
Dans ces deux capitales, par exemple, Yaoundé au Cameroun, Bagdad en Irak, quel est le bâtiment officiel le plus important ? L’ambassade des Etats-Unis. Et cela est vrai dans plus d’une centaine de contrées.
Oui, ce seul pays focalise beaucoup de rancœur, comme jamais peut-être depuis la Rome antique.
Et chez nous, le petit Nico a aussi un don particulier pour nous faire perdre notre sang-froid.Pour des raisons opposées E.1 et moi risquons de perdre le notre. Je ne vois qu’une solution pour le conserver. Voter pour une femme dans quinze jours. Aussi fade soit-elle.
P.S.:au moment de mettre "sous presse", les réactions au mail d'E.1 se multiplient, en voici une d'une personne qui, comme moi, ne retirera pas de sitôt ses enfants de l'école publique :
Cher E.1 que je ne connais pas (bonjour à A.), Cher(e)s celles et ceux que je connais, Cher(e)s autres
Toutefois j'attire ton attention sur le fait suivant : Je pense que Sarkozy a semé ce qu'il récolte. Comme souvent d'ailleurs (j'utilise mes enfants, ma famille, ma femme médiatiquement et ensuite je pleurniche parce que la presse va trop loin ). Pour le sentiment de haine, c'est pareil. Il a constamment cherché à rendre le débat affectif...Je vous aime, vous et moi nous sommes pareils, je parle comme vous, etc etc, c'est ce qu'on appelle le populisme ( cela ne m'étonne pas que Tapie et lui se retrouvent)..et donc quand on cherche à confondre le politique et l'affectif eh bien il ne faut pas s'étonner que le sentiment inverse se développe même si je suis d'accord avec toi, il n'a pas sa place dans le débat politique.
Pourtant sur le fond, j'ai un petit truc à rajouter. Tu veux que nous réfléchissions sur la France que nous voulons pour nos enfants ?
Lesquels ? Les nôtres ou tous les enfants de France ? Car lors de toute réflexion...la problématique de départ est essentielle et les choix qui en découlent sont différents !
Tu parles ensuite des enjeux stratégiques de la France ? De quelle stratégie parles-tu ? Des enjeux économiques, commerciaux ? Des enjeux humains, de la cohésion sociale ? Des enjeux géo-politiques ? Là encore, la problématique et les priorités sont essentielles pour faire son choix !
Tu évoques ensuite ton inquiétude pour notre environnement, pour notre planète...c'est terriblement à la mode mais louable. Tu dois être encore d'autant plus inquiet que Sarkozy ne propose pas la sortie du nucléaire. Qui a parlé du développement des énergies renouvelables ? qui a parlé du développement des transports publics, seuls vraiment capables de lutter contre la pollution urbaine ?
Alors oui je suis d'accord avec toi...il faut se poser des questions...mais avant celles que tu nous proposes (quelles décisions à prendre, actions à mener) il faut se poser la question fondamentale :
Quelles sont les valeurs que je veux défendre ? Quelles sont les valeurs qui doivent guider l'action politique ?
Par exemple, les deux sont d'accords pour valoriser la valeur travail. Bien ! Sauf que Sarkozy en même temps propose une défiscalisation pour favoriser la rente ! Alors quelle est la valeur essentielle ? Le travail ? Ou l'enrichissement spéculatif ?
On est tous d'accords pour dire que chacun doit pouvoir avoir accès à la santé pourtant Sarkozy propose une franchise !!! C'est à dire que dans l'année eh bien on aurait le droit d'être malade pour une certaine somme d'argent et ensuite cela serait à la charge du malade !!! Qui est le plus malade ? Les plus aisés ou les plus modestes à ton avis ? Où sont les valeurs de solidarité ?
Sans haine a-t-on le droit de se poser la question de l'engagement de Sarkozy vers le terrain ambigu de l'identité nationale et de l'immigration ? Où sont les valeurs humanistes ? Le lien social qui unit une société ? A-t-on le droit d'être plus qu' inquiet d'un candidat qui s'approche ouvertement des idées du Front national ?
Tu vois, je suis entièrement avec toi, il faut élever le débat, se poser des questions. Tu dois donc tout comme moi être choqué, indigné lorsque Sarkozy parle de : racailles, de moutons égorgés dans les baignoires...quelle argumentation ! Quelle élévation du débat !
Tu termines sur l'espoir d'une France qui bouge, d'une France qui change...c'est à dire qui change par rapport au 5 dernières années lorsque Sarkozy était ministre d'Etat, de l'Intérieur et aussi de l'Economie et des Finances ( c'est de l'humour...mon mail respecte donc mon préambule..il peut donc être envoyé ).
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