
Le répertoire français (1/2)
Dans le coffret Decca déjà présenté hier, il est possible de se convaincre que Pierre Monteux est à l’aise dans tous les répertoires : germanique, nous l’avons dit, nordique (une deuxième symphonie de Sibelius absolument idiomatique, au finale grandiose, et des Variations d’Elgar plus british que nature), russe et français.
Dans le répertoire français, il a choisi de jouer avec l’Orchestre Symphonique de Londres. Que dire de cette phalange, si ce n’est qu’elle s’était complètement identifiée à son chef.
Une preuve ? Monteux se vit offrir par cet orchestre, à 77 ans (en 1952), un contrat de 25 ans renouvelable. Oui, renouvelable (il mourra en 1964).
A Londres, donc, Monteux réalisé au début des années soixante les plus beaux disques de musique française jamais enregistrés. Aujourd'hui encore, rien n’est démodé, même pas la prise de son, exceptionnelle d’aération entre les pupitres, de profondeur, de chaleur.
Monteux disait : « jusqu’à Debussy et Ravel, on écrivait de la musique. Après… »
« Quand la musique devient science, elle meurt »
Monteux est effectivement aux antipodes de la science, ce qui ne l’empêche pas de respecter scrupuleusement les indications de la partition. Il la suit toujours à la lettre. Mais que serait une belle interprétation sans l’esprit ? Monteux retrouve toujours les deux, l’esprit et la lettre.
Le tour de force est étonnant. Monteux arrive à être d’une précision extraordinaire, alors que ce qui caractérise le mieux ses interprétations est sans doute la poésie qu’il dégage mieux que quiconque de ces œuvres.
« Prélude à l’après-midi d’un faune » : Monteux nous transporte dans une île grecque idéale, avec un sens de la couleur étonnant. Le soleil tape dur, pourtant le ciel ne blanchit pas, il reste bleu azur. Les yeux ne sont pas éblouis par le blanc éclatant des maisons, le vent ne souffle pas trop fort, les fruits sont juteux, oui nous sommes dans un paradis terrestre.
« Images » : ici aussi, sa façon d’allier exactitude et magie, rigueur et sensualité est invraisemblable. Tout respire la vie, chante merveilleusement, Monteux fait partout preuve d’imagination créatrice, nous transportant sans peine en Espagne lorsqu’il le faut.
Le coffret contient aussi deux « Nocturnes » de la même veine.
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