
Le seul rayon de soleil du palmarès cannois 2006 est venu du Prix de la mise en scène, attribué à "Babel" de Alejandro González Iñárritu.
Extraits d'interviews et de la conférence de presse du 23/05/2006. Toute l'équipe de Babel, présenté en compétition, s'est réunie pour répondre aux questions de la presse internationale. Etaient présents : le réalisateur Alejandro Gonzáles Iñárritu, ainsi que les comédiens Adriana Barrazza, Cate Blanchett, Rinko Kikuchi, Boubker Ait El Caid, Gael García Bernal, Said Tarchani et Kôji Yashuka. Retenu par des obligations familiales, l'acteur Brad Pitt s'est excusé auprès des journalistes par le biais d'un message électronique dans lequel il exprimait sa fierté d'avoir participé à ce film choral.
Alejandro Gonzáles Iñárritu :
J'essaie de montrer ce qui se passe en nous. Nous considérons toujours l'autre comme une menace. Entre époux, un père et une fille, nous ne sommes plus capables de nous écouter.
J'essaie de faire tomber les préjugés avec ce film, sans émettre moi-même de préjugés .
Votre film traite de la mondialisation sur le plan humain. Pourriez-vous nous expliquer le choix des pays qui sont le Maroc, le Mexique et le Japon ?
A l'origine, le script prévoyait la
Tunisie. Or, je suis allée en vacances deux semaines au Maroc étant jeune. Ce voyage m'a marqué et par conséquent, a joué sur le choix au final du Maroc. Quant au Japon, j'y suis allé en 2000
présenter mon film "Amours chiennes" au festival de Tokyo. J'en ai gardé un excellent souvenir. J'adore la culture japonaise, les
idéogrammes, les kimonos, tous les contrastes qui y existent, l'esthétique des villes, etc…
La comédienne japonaise Koji Yakusho a appris le langage des signes pour jouer le rôle de Chieko, jeune ado sourde et muette. Elle
précise :
Oui, j'ai aussi appris que le regard est très important et qu'on peut faire passer beaucoup d'émotions à travers un regard .

Cate Blanchett ajoute :
Travailler avec Brad Pitt, c'était comme du chocolat ! Puis, la relation entre Brad et Alejandro était extraordinaire. La scène où Brad téléphone à la fin du film a été, en ce qui me concerne, un moment très émouvant, comme j'en ai jamais vu au cinéma.

Le réalisateur approfondit le sujet :
Il faut oublier les problèmes de langues. Si les gens comprennent ça, je pense que j'aurais réussi mon film.
Alejandro Gonzáles Iñárritu sur le titre du film :
Alejandro Gonzáles Iñárritu sur le message du film :
"Je ne sais pas s'il s'agit d'un instantané du monde. J'essaie de montrer ce qui se passe en nous. Nous considérons toujours "l'autre" comme une menace si on n'arrive pas à le comprendre.
Cela concerne les pays mais aussi un père et son fils ou des époux. Nous ne sommes plus capables d'écouter. Le thème s'articule autour des idées préconçues, de nos préjugés, de tous ces
archétypes qui nous viennent de la religion, de la race, de la culture. J'ai essayé de les mettre en exergue sans en être victime moi-même."
Cate Blanchett sur sa vision du film :
"Dans ce film, il est surtout question des liens entre les parents et les enfants. Je pense que beaucoup d'entre nous sont sensibles à ce thème.
C'était une expérience très intime, très personnelle, tout comme pour Alejandro. En tant que parent, à chaque fois que je vois un enfant en danger, cela m'interpelle profondément."
Alejandro Gonzáles Iñárritu sur son attrait pour les coïncidences de la vie :
Il me semble que le lien que je veux créer entre mes personnages n'est pas physique, ni fondé sur l'intrigue. Ce qui nous rend heureux est très différent selon les êtres humains ; cela dépend
de la culture ou de la race. Nous partageons plus les choses qui nous rendent misérables ou tristes. Je parle de l'impossibilité de l'amour, cette incapacité d'en être touché et de l'exprimer.
C'est l'une des choses les plus pénibles que peut connaître un homme. On est extrêmement vulnérable à travers les êtres que nous aimons. Parallèlement, ce phénomène nous rassemble. Ces liens qui
existent dans Babel tournent autour de cette idée à différents niveaux, quelque soit leur culture ou leur pays d'origine, leur religion, leur âge, leur classe sociale... Tous ces personnages
souffrent de leur incapacité à entrer en contact avec autrui : époux, enfants ou frontières. (...) Tout tourne autour de ce besoin d'être touché, lorsque les mots ne fonctionnent plus. Il ne peut
pas y avoir de mensonge par ce moyen de communication. Il s'agit d'un film sur les êtres humains et non sur les Marocains, les Mexicains ou les Américains.

Alejandro Gonzáles Iñárritu sur la critique des Etats-Unis :
Je ne veux pas définir qui sont les bons et les méchants. Je pense que le monde est montré tel qu'il est en effet. Mais j'essaie d'être un peu
plus subtil. Je ne veux pas jouer avec des archétypes. C'est un film justement qui les critique. Bien sûr, il y a ce thème qui est sous-jacent. Chaque empire, puisque les Etats-Unis sont
désormais un empire, a tendance à avoir un certain regard sur les autres. (...) Généralement, l'incompréhension engendre la paranoïa, tout le monde dès lors est un terroriste en puissance. Cette
idée est devenue obsessionnelle aux Etats-Unis. Ils ont la puissance mais aussi un énorme sentiment de vulnérabilité."




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