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2007-05-17T08:58:00+02:00

nous ne sommes plus capables de nous écouter

Publié par undetension


Le seul rayon de soleil du palmarès cannois 2006 est venu du Prix de la mise en scène, attribué à "Babel" de Alejandro González Iñárritu.

Extraits d'interviews et de la conférence de presse du 23/05/2006. Toute l'équipe de Babel, présenté en compétition, s'est réunie pour répondre aux questions de la presse internationale. Etaient présents : le réalisateur Alejandro Gonzáles Iñárritu, ainsi que les comédiens Adriana Barrazza, Cate Blanchett, Rinko Kikuchi, Boubker Ait El Caid, Gael García Bernal, Said Tarchani et Kôji Yashuka. Retenu par des obligations familiales, l'acteur Brad Pitt s'est excusé auprès des journalistes par le biais d'un message électronique dans lequel il exprimait sa fierté d'avoir participé à ce film choral.

Alejandro Gonzáles Iñárritu :

J'essaie de montrer ce qui se passe en nous. Nous considérons toujours l'autre comme une menace. Entre époux, un père et une fille, nous ne sommes plus capables de nous écouter.

J'essaie de faire tomber les préjugés avec ce film, sans émettre moi-même de préjugés .

Votre film traite de la mondialisation sur le plan humain. Pourriez-vous nous expliquer le choix des pays qui sont le Maroc, le Mexique et le Japon ?

A l'origine, le script prévoyait la Tunisie. Or, je suis allée en vacances deux semaines au Maroc étant jeune. Ce voyage m'a marqué et par conséquent, a joué sur le choix au final du Maroc. Quant au Japon, j'y suis allé en 2000 présenter mon film "Amours chiennes" au festival de Tokyo. J'en ai gardé un excellent souvenir. J'adore la culture japonaise, les idéogrammes, les kimonos, tous les contrastes qui y existent, l'esthétique des villes, etc…

Le montage du film est moins haché que votre précédent film. Pourquoi ?

"21 grammes" était une expérience car chaque scène n'avait rien à voir avec l'autre. A mon goût, voir un film est déjà une expérience très fragmentée. Cette fois-ci, je voulais être linéaire pour suivre l'émotion du film.



La comédienne japonaise Koji Yakusho a appris le langage des signes pour jouer le rôle de Chieko, jeune ado sourde et muette. Elle précise :

Oui, j'ai aussi appris que le regard est très important et qu'on peut faire passer beaucoup d'émotions à travers un regard .



 Cate Blanchett ajoute :

Travailler avec Brad Pitt, c'était comme du chocolat ! Puis, la relation entre Brad et Alejandro était extraordinaire. La scène où Brad téléphone à la fin du film a été, en ce qui me concerne, un moment très émouvant, comme j'en ai jamais vu au cinéma.



Le réalisateur approfondit le sujet :

En tant qu'Etre humain, ce qui nous rend heureux dépend de notre culture. Or, ce que nous partageons tous, quelque soit notre culture, c'est ce qui nous rend triste. Avec ce film, il souhaite traiter de l'incapacité à rentrer en contact avec l'autre. Lorsque la communication verbale n'est plus possible, ce sont les corps qui parlent. Le corps devient une arme ou alors une invitation. J'ai insisté sur les plans de contacts avec les mains : Susan Jones pose la main sur celle de son mari dans le bus, par exemple. Lorsqu'on se touche, le mensonge n'existe pas.

Il faut oublier les problèmes de langues. Si les gens comprennent ça, je pense que j'aurais réussi mon film.

Alejandro Gonzáles Iñárritu sur le titre du film :


En évoquant Babel, on songe au mythe de l'homme qui a construit cette tour pour atteindre les cieux et devenir l'égal de Dieu. Rendu furieux par cet affront, Dieu a créé les différents langages à travers le monde. Selon moi, ce n'est pas un problème ; une langue peut être en effet vite apprise. En revanche, je pense que le problème concerne ces idées reçues qui maintiennent une séparation entre les peuples. C'est le coeur du film. Je souhaitais également que Babel traite de ce qui nous rassemble. C'est primordial à mes yeux : les similitudes entre des peuples différents.

Alejandro Gonzáles Iñárritu sur le message du film :

 


"Je ne sais pas s'il s'agit d'un instantané du monde. J'essaie de montrer ce qui se passe en nous. Nous considérons toujours "l'autre" comme une menace si on n'arrive pas à le comprendre. Cela concerne les pays mais aussi un père et son fils ou des époux. Nous ne sommes plus capables d'écouter. Le thème s'articule autour des idées préconçues, de nos préjugés, de tous ces archétypes qui nous viennent de la religion, de la race, de la culture. J'ai essayé de les mettre en exergue sans en être victime moi-même."

Cate Blanchett sur sa vision du film :


"Dans ce film, il est surtout question des liens entre les parents et les enfants. Je pense que beaucoup d'entre nous sont sensibles à ce thème. C'était une expérience très intime, très personnelle, tout comme pour Alejandro. En tant que parent, à chaque fois que je vois un enfant en danger, cela m'interpelle profondément."



Alejandro Gonzáles Iñárritu sur son attrait pour les coïncidences de la vie :


Il me semble que le lien que je veux créer entre mes personnages n'est pas physique, ni fondé sur l'intrigue. Ce qui nous rend heureux est très différent selon les êtres humains ; cela dépend de la culture ou de la race. Nous partageons plus les choses qui nous rendent misérables ou tristes. Je parle de l'impossibilité de l'amour, cette incapacité d'en être touché et de l'exprimer. C'est l'une des choses les plus pénibles que peut connaître un homme. On est extrêmement vulnérable à travers les êtres que nous aimons. Parallèlement, ce phénomène nous rassemble. Ces liens qui existent dans Babel tournent autour de cette idée à différents niveaux, quelque soit leur culture ou leur pays d'origine, leur religion, leur âge, leur classe sociale... Tous ces personnages souffrent de leur incapacité à entrer en contact avec autrui : époux, enfants ou frontières. (...) Tout tourne autour de ce besoin d'être touché, lorsque les mots ne fonctionnent plus. Il ne peut pas y avoir de mensonge par ce moyen de communication. Il s'agit d'un film sur les êtres humains et non sur les Marocains, les Mexicains ou les Américains.


Alejandro Gonzáles Iñárritu sur la critique des Etats-Unis :


Je ne veux pas définir qui sont les bons et les méchants. Je pense que le monde est montré tel qu'il est en effet. Mais j'essaie d'être un peu plus subtil. Je ne veux pas jouer avec des archétypes. C'est un film justement qui les critique. Bien sûr, il y a ce thème qui est sous-jacent. Chaque empire, puisque les Etats-Unis sont désormais un empire, a tendance à avoir un certain regard sur les autres. (...) Généralement, l'incompréhension engendre la paranoïa, tout le monde dès lors est un terroriste en puissance. Cette idée est devenue obsessionnelle aux Etats-Unis. Ils ont la puissance mais aussi un énorme sentiment de vulnérabilité."




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