Edward Bernays, l’inventeur des « public relations » n’est pas le seul oublié des grands génies du vingtième siècle.

Le sociologue allemand Max Weber (1864-1920) est lui aussi resté longtemps inconnu, en France tout au moins.
Rendez-vous compte, en 1905, paraît en Allemagne : L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme. Ce livre est l’un des plus importants du vingtième siècle. Pourtant, la première traduction en français date de 1964 et ne doit sa célébrité qu’au travail ultérieur de Raymond Aron sur cet auteur majeur.

Excellente petite biographie sur wikipedia, accompagnée de la présentation des grands axes de la pensée de Weber :
Weber, c’est chiant à lire, mais beaucoup plus abordable que Pierre Bourdieu, qui pourtant écrivait lui directement en français. En voici un exemple, extrait du "Métier de sociologue" (pas représentatif, car généralement les phrases de Bourdieu sont plus compliquées, plus longues, et comportent des renvois qui peuvent occuper une demi-page) :
"il faut poser un second principe de la théorie de la connaissance du social qui n'est autre chose que la forme positive du principe de la non-conscience : les relations sociales ne sauraient se réduire à des rapports entre subjectivités animées par des intentions ou des "motivations" parce qu'elles s'établissent entre des conditions et des positions sociales et qu'elles ont, du même coup, plus de réalité que les sujets qu'elles lient. [...] Loin que la description des attitudes, des opinions et des aspirations individuelles puisse procurer le principe explicatif du fonctionnement d'une organisation, c'est l'appréhension de la logique objective de l'organisation qui conduit au principe capable d'expliquer les attitudes, les opinions et les aspirations"
Dissuasif, n’est-ce pas ?
Alors je ne résiste pas au plaisir de reproduire la deuxième (sur trois !) phrase de la page 577 (et ce sont des petits caractères !) de « La distinction » :
"Totalement anhistorique, comme toute pensée philosophique digne de ce nom (il n’est de philosophia que perennis), parfaitement ethnocentrique puisqu’elle ne se donne pas d’autre datum que l’expérience vécue d’un homo aestheticus qui n’est que le sujet du discours esthétique constitué en sujet universel de l’expérience artistique, l’analyse kantienne du jugement de goût trouve son principe réel dans un ensemble de principes éthiques qui sont l’universalisation des dispositions associées à une condition particulière."
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