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2007-11-12T17:05:10+01:00

un monde de brutes (1/2)

Publié par undetension


"Robert Sutton, un professeur américain de management à la Stanford Engineering School, a théorisé récemment la notion du "coût total des sales cons" en entreprise (CTSC).


A la suite d'un très sérieux article dans la Harvard Business Review, il a rédigé un "petit guide de survie face aux connards, despotes, enflures, harceleurs, trous du cul et autres personnes nuisibles qui sévissent au travail". Paru en France en avril (Objectif zéro-sale-con, Vuibert, 186 p., 18 €), le livre aurait quelque succès. Pour plus de détails, disons que le CTSC, qui peut s'avérer très élevé, est notamment corrélé à l'absentéisme, aux démissions ou dépressions engendrées au contact direct du "sale con". Etant entendu que la nature de celui-ci, à la définition duquel chacun d'entre nous n'a jamais la garantie de se soustraire, est repérable à la quantité d'insultes personnelles qu'il profère, à sa capacité d'envahir l'espace d'autrui sans vergogne, à intimider ou à humilier, souvent publiquement.

Si la chasse aux mauvais managers, à coups de formation au développement personnel et à la gestion des émotions, est monnaie de plus en plus courante en entreprise, celle-ci seule, cependant, ne saurait arriver à bout du monde de brutes que semble décrire la sociologie des organisations. Le stress, par exemple, en constitue l'avatar premier dans les sondages. Quels sont, selon vous, les mots qui décrivent le mieux la façon dont la plupart des gens vivent leur travail aujourd'hui ? questionnait l'institut TNS-Sofres pour l'hebdomadaire Pèlerin en juillet : "Le stress", répondaient en tête et sans ambiguïté 78 % des actifs - 92 % ajoutant croire que ce fléau touche aujourd'hui beaucoup ou un peu plus leur entourage au travail qu'il y a quelques années.

De fait, les changements dans l'organisation du travail ont induit une nouvelle donne relationnelle. L'évaluation individualisée des performances a copié-collé au coeur des entreprises l'univers concurrentiel du petit village global. Résultat, pour Christophe Dejours, psychiatre et psychanalyste, qui s'exprime ainsi dans Enjeux (octobre) : "Les relations de confiance ont déserté l'univers du travail. La convivialité, le vivre-ensemble ont disparu. Avec les "contrats d'objectifs", ce qui compte, c'est le résultat ; le chemin par lequel on y parvient n'intéresse pas."

En gagnant pas à pas chaque secteur d'activité soumis aux injonctions de la croissance, le culte de l'urgence et du court-termisme axe les efforts sur les moyens au détriment de la fin. Il détourne l'esprit du sens à donner à l'action. Du coup, il bloque toute volonté d'engagement, empêche toute consolidation, écarte toute construction de loyauté et de confiance mutuelle - les ferments, puis ciment, de toute stabilité. Dans cet univers morcelé sur la durée, chacun est fragmenté et sommé de s'adapter. Or, chacun le sait, le discours de l'adaptation se nourrit (aussi) des peurs et, notamment, celle, si présente, de l'exclusion. "D'où une solitude psychique et sociale, suggère Christophe Dejours. Les pathologies qui surgissent depuis quinze ans sont des pathologies de la solitude." (…)

Jean-Michel Dumay

Article paru dans l'édition du "Monde" du 21.10.07.

 (à suivre)

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Ce qui est incroyable, c'est que l'administration, qui a toujours un temps de retard par rapport au privé, se convertit à cette étrange religion dans laquelle le meilleur employé est le plus stressé et le plus seul. Elle adopte progressivement le plus mauvais de ces éléments (contrats individuels d'objectifs, culte de l'urgence...), espérant sans doute être "moderne".
C'est rétrograde, contre-productif, évidemment, et totalement inapproprié ! Pour que cette démarche faussement innovatrice soit cohérente, la tâche qui est aujourd'hui effectuée dans le secteur public de façon similaire au privé devrait alors être privatisée ! Là, il y aurait une logique !
Si telle tâche reste dans le giron du secteur public, il y a forcément des raisons, je ne vois pas pourquoi on fait l'économie d'une réflexion sur le sujet, et que l'on applique bêtement, sans discernement, les méthodes du privé. C'est de la paresse intellectuelle, et renforce évidemment le CTSC.
De plus, ces méthodes, les entreprises sont en train d'en revenir : obnubilées par l'impérieuse nécessité de mieux répondre aux attentes des clients, par exemple, elles ont oublié que leurs salariés en avaient aussi ! Et réalisant la bourde, analysent et comprennent enfin mieux la démotivation de leurs troupes.
Merde, se dit ce chef, j'avais l'oeil rivé sur mes statistiques, et je ne me suis pas rendu compte que mon équipe faisait grise mine.
Là non plus, l'administration ne fait pas preuve d'imagination : elle cesse elle aussi de s'occuper de ses agents, et ne rêve plus qu'à transformer ses administrés en usagers, quand ce n'est pas en clients !
Evidemment, il est alors demandé aux fonctionnaires une productivité comparable au privé, sans que la paye suive !

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commentaires

F
L'objectif selon Weber, c'est la rationalité !Max Weber ( ton idole...sourire)  pensait que l'entreprise capitaliste était une organisation rationnelle permettant une gestion rigoureuse sur le long terme. Il rajoutait que la bureaucratie caractérisait les sociétés modernes. Pour Weber la forme la plus pure de la bureaucratie est évidemment l'administration mais il remarque que les grandes entreprises se rapprochent de ce modèle d'organisation. Il juge cette évolution positive car il estime que cette forme d\\\'organisation est plus efficace (rationnelle) que celle qui prévalait auparavant et qui était fondé sur des relations personnelles.( souvent inégalitaires). Depuis certains sociologues français , notamment Michel Crozier , mais aussi certains américains ( Robert Merton) ont montré que la bureaucratie n\\\'est pas un mode d\\\'organisation aussi efficace que le pensait Weber. Cette organisation applique des règles impersonnelles dans se soucier de leurs conséquences. La bureaucratie conduit à une prolifération de règles qui peut paralyser le fonctionnement de l'organisation. Les règles bureaucratiques laissent des zones d\\\'incertitude qui sont utilisés par les acteurs ( les petits chefs) pour accroitre leur pouvoir.
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