Cronenberg a longtemps fasciné par sa faculté à faire rentrer l’inconnu, la terreur, dans notre quotidien, jusqu’à voir le sexe comme un organe d’effroi et de mort, et non de plaisir et de vie. Il y avait toujours eu un décalage avec la réalité, nous étions dans le cinéma fantastique (d’horreur, pour beaucoup).
Et puis voilà qu’il confirme avec "Les promesses de l’ombre" le virage pris en 2005 : "A history of violence" se passe aujourd’hui, et c’est notre planète, notre quotidien qu’il filme désormais, bien qu’il y ait toujours des paraboles (une rédemption, par exemple). On y voit que tout le monde porte en soi une part de violence, y compris les êtres les plus tendres, les plus inoffensifs, comme la femme du héros (mémorable scène d’amour dans l’escalier). La violence est vue comme un virus, qui se transmet facilement, et contre lequel aucun vaccin (y compris l’amour, puisque ce celui-ci peut se révéler violent !) n’est efficace.
Mais peut-être Cronenberg est-il plus serein maintenant qu’il a lui aussi trouvé son jumeau : impossible de ne pas y penser en mettant côte à côte sa photo et celle de son nouvel
acteur fétiche, le minéral Viggo Mortensen, à la fois homme, bête et machine.

Alors pourquoi ne pas en profiter pour revoir l’œuvre majeure de Cronenberg, "Faux-semblants", ce sommet d’intensité tourné voici vingt ans déjà,
avec le génial Jeremy Irons dans les deux rôles principaux ? Pas de trucages étonnants comme dans "La mouche" réalisé juste avant, pas
d’hémoglobine, juste un climat psychologique tellement malsain qu’il donne une nausée pire qu’un film gore. Après l’avoir vu, j’ai eu mal au cœur la semaine qui a suivi ! La
monstruosité était dans le caractère et les actes des deux frères jumeaux. Cronenberg a un don pour mettre mal à l’aise, avec sa manie d’abolir la frontière entre les objets, les animaux et
les êtres humains.
Mais il fascine aussi, c’est pour cela que j’étais resté devant mon téléviseur, malgré la terreur que m’inspirait le scénario et la vue des objets gynécologiques !
Cela aurait d’ailleurs pu me dissuader d’assister à la naissance de mes enfants, heureusement que je n’y ai pas pensé, car il s’agit des meilleurs souvenirs de toute mon eXistenZ...
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