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2017-04-30T05:38:00+02:00

des gros menteurs, des nuls, des malhonnêtes, des anti-Républicains...ah! il manquait des traîtres pour que l'écœurement soit total

Publié par undetension
des gros menteurs, des nuls, des malhonnêtes, des anti-Républicains...ah! il manquait des traîtres pour que l'écœurement soit total

Voici les deux derniers rebondissements (en tous cas, espérons le) dans cette campagne qui n’en a pas manqué, et, plus précisément, deux traîtrises :
- l'alliance d'un gaulliste avec Le Pen, ça, encore, ça passe à peu près, car N.D.A. avait fait de moins de 5 % au premier tour, donc ce n’est pas un cataclysme, même si c’est une faute, et une faute grave ;
- par contre, le candidat d'extrême-gauche*, arrivé quatrième au premier tour avec près de 20 % des voix (incredible !), qui ne fait pas franchement barrage à l'extrême-droite, c'est incompréhensible et scandaleux !

La situation n'est, du coup, pas sans rappeler celle de l'accession au pouvoir d'Hitler, qui a pu y parvenir légalement, bien que son parti n'ait jamais réussi à obtenir la majorité au Parlement, et bien qu'Hindenburg ait battu Hitler à la présidentielle d'avril 1932.
Mathématiquement, une coalition de gauche et du centre détenait la majorité absolue capable d’appuyer un gouvernement se passant du parti d'Hitler.
En effet, dans la foulée des élections législatives de novembre 1932, qui marquent la décrue des nazis** le Président Hindenburg avait proposé à son Chancelier de constituer un gouvernement d’union nationale. Mais les sociaux-démocrates -20 % des sièges à l'Assemblée- et les communistes (aux ordres de Staline, pour qui ses pires ennemis sont les... sociaux-démocrates) ont fait capoter l’opération.
Alors qu'Hitler ne serait probablement jamais parvenu au pouvoir, si l'union de la gauche avait prévalu (ou une union centre-gauche non communiste)...

Un historien le rappelait pourtant pas plus tard qu'hier en conclusion de sa tribune : "le prix d'une démission peut mener au désastre" !

Du coup, le monde entier retient son souffle, car il est clair que si Macron ne gagne pas dans une semaine, on peut presque à coup sûr déclarer morte l'Union européenne.
Face à lui, Marine Le Pen a hissé son parti à une hauteur inédite sur la scène nationale, en réussissant l'impossible : "dédiaboliser" le F.N., faire croire qu'il était fréquentable, apte à gouverner le pays, 

* Raffarin a eu cette formule : François Mitterrand avait construit le Parti socialiste et détruit simultanément l’extrême gauche. François Hollande, lui, a détruit le PS et reconstruit l’extrême gauche.

**2 % des sièges en 1928, 18 % en 1930, 37 % en juillet 1932, et donc, seulement 32 % en novembre 1932

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2017-04-29T05:05:00+02:00

« le FN constitue le fer de lance de l’extrême droite européenne »

Publié par undetension
« le FN constitue le fer de lance de l’extrême droite européenne »

Le Front national est lui aussi en marche

 

"Essayons d’imaginer un instant que le premier tour de l’élection présidentielle vient de se tenir dans une situation où le taux de chômage, qui frôle les 20 %, est accompagné d’une inflation galopante, suivie d’une dégradation dramatique dans les services sociaux. Quel serait alors le score de Marine Le Pen ? Car, ne l’oublions pas, la vie n’est pas mauvaise en France ni ailleurs en Europe. Avec toutes les difficultés dans l’existence quotidienne que tout le monde connaît, y compris le danger terroriste, l’Europe occidentale reste encore et toujours l’endroit à la surface du globe où la vie est la meilleure.
« Pour certains, depuis le boulangisme et l’affaire Dreyfus, en passant par les ligues des années 1930, Vichy et ses lois raciales jusqu’au FN, on semble courir d’accident en accident »
Comparée à la France, en termes de protection sociale, de qualité et de niveau des services sociaux, d’éducation et de santé, la société américaine, par exemple, sans parler des pays moins privilégiés, est une société démunie et barbare. En dépit de cela, le Front national (FN) reste la seule grande constante de la vie politique, la seule formation en progression continue depuis le temps – presque – d’une génération.
Or, chaque fois que surgit en Europe un mouvement de l’extrême droite qui rappelle de très mauvais souvenirs, la tentation est grande de n’y voir qu’un accident de parcours de plus. En fait, pour certains en France, depuis le boulangisme et l’affaire Dreyfus, en passant par les ligues des années 1930, Vichy et ses lois raciales jusqu’au FN, on semble courir d’accident en accident.

 

En réalité, la France a produit non pas une mais deux traditions politiques, et ces deux traditions antagonistes sont aussi françaises l’une que l’autre.
C’est ainsi que le FN tout comme les différents groupuscules et tendances de l’extrême droite intellectuelle s’inscrivent dans la continuité d’une démarche européenne et française qui remonte au tournant du XXe siècle, quand la tradition des anti-Lumières, qui commence à la fin du XVIIIe siècle avec Johann Gottfried Herder et Edmund Burke, descend des sommets de la haute culture dans la rue.
Dans ses grandes lignes et ses principes, cette droite est toujours celle qui éveille nos craintes aujourd’hui. Elle n’est pas née au Chemin des Dames et elle n’est pas le produit des crises de l’entre-deux-guerres, dont la gravité en France n’était d’ailleurs pas comparable au désastre allemand. Sans la longue tradition nationaliste et antisémite enracinée en France depuis le boulangisme et l’affaire Dreyfus, sans la longue guerre aux Lumières et aux principes de 1789, sans le refus des normes universelles, la défaite de 1940 en elle-même ne devait pas nécessairement déboucher sur l’instauration d’une dictature par certains côtés plus dure que le régime italien, y compris ses lois raciales, souvent appliquées plus sévèrement que les lois italiennes de 1938.
C’est dans cette continuité que s’inscrit le lepénisme, qui, autour de Marine Le Pen, fête la démonstration de son potentiel de dimanche
[n.d.l.r. 23-04-2017]. Il n’existe aucune raison méthodologique qui permette de penser que ce potentiel fut une fois pour toutes évacué de l’histoire de l’Europe en 1945 : la tentation nationaliste, fascisante ou fasciste est toujours présente, elle vient des profondeurs de la révolte contre les Lumières et fait partie intégrale de la culture européenne.
Elle n’est pas conservatrice, elle méprise l’ordre établi, c’est une droite révolutionnaire qui lance un appel au peuple contre la démocratie et contre les acquis des Lumières françaises.  (…) La France donne le ton : le FN constitue le fer de lance de l’extrême droite européenne. (…)Dans ces grandes lignes, c’est la politique de la haine et du ressentiment que véhicule toujours l’extrême droite européenne, héritière de la droite révolutionnaire du début du XXe siècle en France, de « la révolution conservatrice » d’antan en Allemagne.
En période de paix, de prospérité et de bonheur relatif, cette négation des valeurs fondamentales des Lumières ne tire pas à conséquence dans l’immédiat.
Mais viennent des temps difficiles, quand la défense de la liberté, de la justice et des droits de l’homme exige des sacrifices, le prix d’une démission peut mener au désastre
"
.

Tribune de Zeev Sternhell, historien israëlien, paru dans L’Obs du 29-04-2017, et intitulé "le Front national est la seule grande constante de la vie politique française".

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2017-04-28T04:16:00+02:00

Populisme, nationalisme : comment en est-on arrivés là ?

Publié par undetension

Nous retrouvons pour l'occasion l'un de nos penseurs contemporains préférés, une nouvelle fois très inspiré

Populisme, nationalisme : comment en est-on arrivés là ?

L'impuissance de l'Etat-nation

 

"La gauche libérale et la droite populiste sont désormais toutes deux encalminées dans la politique de la peur: peur des migrants, peur des féministes, ou encore peur des populistes fondamentalistes, etc.
La première chose à faire ici consiste à passer de la peur à l’angoisse: la peur est peur d’un objet externe – d’un objet perçu comme représentant une menace pour notre identité –, alors que l’anxiété surgit lorsque nous prenons conscience que notre identité – que nous voulons protéger de cette si effrayante menace externe – pose d’une manière ou d’une autre problème. La peur nous pousse à annihiler l’objet externe alors que se confronter à l’angoisse suppose de nous transformer nous-mêmes. [...]
C’est qu’il nous faut rejeter le défaitisme comme l’activisme aveugle, et «apprendre, apprendre et apprendre encore» (comme l’aurait affirmé Lénine) des/les causes de ce fiasco de la politique libérale-démocrate.
Dans ses «Notes Towards a Definition of Culture», le grand poète conservateur T.S. Eliot écrivait qu’il existe des moments où la seule alternative possible consiste à choisir entre l’hérésie et la non-croyance, lorsque la seule manière de maintenir en vie une religion consiste à opérer un schisme sectaire loin de son corps principal.
Voilà ce que nous devons faire aujourd’hui: les présidentielles américaines de 2016 ont porté l’estocade au rêve de Fukuyama d’une fin de l’Histoire et entériné la défaite de la démocratie libérale. Et la seule manière de faire réellement mordre la poussière à Trump, et de sauver ce qui mérite de l’être dans la démocratie libérale, consiste donc à opérer un schisme sectaire loin du corps principal de cette démocratie libérale – en résumé, de déplacer le curseur de Clinton à Sanders. Autant dire que les prochaines élections devraient opposer Trump et Sanders.
Il est relativement facile de concevoir le programme qui attend cette nouvelle gauche. À l’évidence, la seule manière de contrecarrer le «déficit démocratique» du capitalisme global aurait dû consister en quelque entité transnationale – Kant, il y a plus de deux cents ans déjà, ne voyait-il pas, eu égard à l’émergence d’une société globale, la nécessité d’un ordre juridique transnational et transétatique? [...]
Le problème structurel (l’antinomie) du capitalisme global réside dans l’impossibilité (et, simultanément, dans la nécessité) d’un ordre sociopolitique qui lui correspondrait: c’est que
l’économie de marché globale ne peut être directement organisée comme une démocratie libérale globale qui aurait recours à des élections à l’échelle de la planète; et c’est que le «refoulé» de l’économie globale fait son retour dans la politique sous la forme de fixations archaïques et d’identités substantielles particularistes (ethniques, religieuses, culturelles)
C’est précisément cette tension qui définit la très délicate situation qui est aujourd’hui la nôtre: la libre circulation des marchandises à l’échelle du globe s’accompagne de séparations de plus en plus flagrantes dans la sphère sociale – alors que les marchandises circulent de plus en plus librement, les hommes, eux, se retrouvent prisonniers de nouveaux murs.
Trump promet de biffer d’un trait de plume les grands accords de libre-échange qu’avait soutenus Clinton. Une politique de gauche à opposer à ces deux-là devrait consister à élaborer des traités internationaux d’un genre inédit: des accords visant à contrôler les banques, à instaurer des critères écologiques précis, à protéger les droits des travailleurs, à garantir à tous de mêmes soins de santé, à protéger les minorités sexuelles et ethniques, etc.
La grande leçon du capitalisme global, c’est que les États-nations ne peuvent faire à eux seuls le travail – seule une entité politique internationale d’un type inédit serait, peut-être, à même de brider le capital global. [...]
La victoire de Trump a généré une situation politique entièrement nouvelle, qui donne ses chances à une gauche plus ambitieuse. Il est désormais temps de travailler dur à la formation d’une gauche politique radicale – ou, pour citer Mao : «Il y a un grand désordre sous le ciel, la situation est donc excellente

Slavoj Žižek, philosophe


extraits de l'ouvrage collectif « l'âge de la régression, pourquoi nous vivons un moment historique », paru dans L'Obs du 13-04-2017

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2017-04-27T05:32:00+02:00

comment se déplacent les Philippins

Publié par undetension

Dieu merci, en Jeepney, nous l'avons vu récemment. Mais également à pied, prévoir alors de se protéger du soleil !

comment se déplacent les Philippins

En bateau, car le pays comprend 7000 îles, dont 2000 habitées, sur 300000 km²

comment se déplacent les Philippins

En fait, leurs faibles exigences en matière de confort leur font accepter à peu près n'importe quelles conditions de transport !

comment se déplacent les Philippins

Sensations garanties pour le passager lorsqu'il n'y a plus de places assises dans le car, ni de route goudronnée !

comment se déplacent les Philippins

Mais, comme souvent en Asie du sud-est, le deux roues, motorisé ou non, et le moyen le plus utilisé

comment se déplacent les Philippins

C'est fou ce qu'ils arrivent à transporter sur une petite moto ! Le port du casque et le respect du code de la route restent...optionnels ! Et le Philippin rechigne en général à prendre des options.

comment se déplacent les Philippins

Mais, nous y reviendrons, c'est le tricycle, qui est la véritable vedette de la circulation.

comment se déplacent les Philippins

Il fait surtout taxi, et doit alors comporter obligatoirement un toit, pour protéger les clients (parfois plus de cinq !) tant de la pluie que du soleil.

comment se déplacent les Philippins

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2017-04-26T06:28:00+02:00

De Trump à Le Pen : pourquoi l'Occident se dé-civilise

Publié par undetension

L'âge de la régression



"Donald trump incarne à maints égards la négation même de l’idée que se fait de lui-même le monde occidental, dont les sociétés se caractérisent par l’autocontrôle, où les forces de progrès social sont chez elles et font avancer, au nom de l’héritage des Lumières, l’égalité des droits et l’intégration sociale.
Pourtant, ces sociétés sont actuellement les théâtres de bouleversements inquiétants qui viennent ébranler profondément l’image qu’elles se faisaient jusqu’alors d’elles-mêmes: leurs sphères publiques sont désormais affligées par une certaine rage non maîtrisée, un climat de tension colérique, de haine décomplexée; des sentiments dangereux s’y propagent, semble-t-il, plutôt facilement, ainsi que des fantasmes de puissance et peut-être même des pulsions homicides.
Il semble que les affects soient de plus en plus difficiles à contrôler, que ce soit sur Internet, dans la rue, au quotidien. Norbert Elias a défini le processus de civilisation comme une tendance de long terme faite d’interdépendance sociale, d’entrelacement social (Verflechtung), une tendance qui conduit progressivement à un contrôle des affects et au contrôle de soi. Il est difficile, dès lors que l’on prend en considération tous les symptômes que je viens d’évoquer, de ne pas en conclure que nous sommes actuellement les témoins d’un processus fort dangereux, celui d’une dé-civilisation régressive (...)

De Trump à Le Pen : pourquoi l'Occident se dé-civilise


L'une des théories les plus importantes sur le processus de civilisation nous a été offerte par Norbert Elias. La civilisation moderne est aux yeux d’Elias le résultat d’une mutation d’ensemble des structures sociales et structures de la personnalité, cette mutation se caractérisant par une différenciation sociale et des rapports d’interdépendance de très vaste ampleur. Un tel processus conduit à une autorégulation individuelle plus forte, à un nouvel habitus psychique dans le contrôle des affects, à un élargissement de l’espace mental, et elle conduit tout particulièrement l’individu à renoncer à satisfaire immédiatement ses désirs: cet individu adopte dès lors un tout autre rapport au temps, envisageant désormais sa trajectoire existentielle sur le long terme.
Le point de départ du processus de civilisation réside dans la constitution progressive d’un pouvoir centralisé détenant le monopole de la violence et dans des processus de concurrence et de distinction à l’œuvre dans la société de cour. Mais il est également le résultat du surgissement ultérieur de groupes sociaux bien déterminés. Entre le XVIIIe et le XXe siècle, la moyenne bourgeoisie «rattrapa» l’aristocratie et la grande bourgeoisie (et se mêla en partie à elles), contraignant ces classes jusqu’alors hégémoniques à partager avec elle le pouvoir social. Ce sont les membres de cette classe qui représentèrent et portèrent avant tout l’idée de progrès.
De surcroît, ils furent associés à une vision optimiste de l’avenir, et il leur arriva même parfois de se joindre à des fractions de la classe ouvrière industrielle. Un processus général de mobilité sociale ascendante se mit ainsi en branle. Certes, des groupes bien déterminés perdirent en partie, au fil de ce processus, leurs privilèges ; mais tous se virent fondamentalement portés par ce grand processus de modernisation sociale, et les conflits habituels entre groupes sociaux passèrent progressivement à l’arrière-plan
. [...]

De Trump à Le Pen : pourquoi l'Occident se dé-civilise

Certains groupes bien précis vivant dans les États occidentaux autrefois prédominants ont connu, au cours des vingt, trente dernières années, un déclin relatif – et ce déclin doit être précisément relié aux positions de leurs nations respectives dans le système mondial. Ce sont précisément ces groupes qui, bien souvent, se montrent réceptifs à des messages autoritaires du type «Make XY Great Again». Une telle évolution a beaucoup à voir avec l’évolution globale du capitalisme, qui a désormais adopté une forme bien spécifique: celle de la modernisation régressive.
L’économie globale s’est tout d’abord développée, comme on a pu le constater, de façon extraordinairement positive. Les inégalités de revenus entre États se sont considérablement réduites depuis la fin des années 1980, principalement en raison de l’essor économique de l’Asie. […] Mais les inégalités se sont aggravées dans le monde occidental, parce que les revenus des classes moyennes inférieures de ces pays ont stagné ou, dans le meilleur des cas, n’ont que modestement augmenté.
La classe moyenne et la classe ouvrière du monde anciennement industrialisé sont les grandes perdantes de la modernisation globale, qui assistent impuissantes à leur décrochage par rapport à trois autres groupes: les élites cosmopolites, les très diplômés, qui sont les grands gagnants de la globalisation, et les classes moyennes du nouveau capitalisme en plein essor.
Ce sont les individus sans qualification ou aux qualifications modestes qui font l’expérience d’un fort déclassement social et qui se voient menacés sous maints aspects: ils ont fréquemment perdu la position symbolique qu’ils occupaient au sein de la cellule familiale – celle du chef de famille –, et ils nourrissent de surcroît le sentiment d’être désavantagés au profit de réfugiés, de migrants et autres minorités. Les ressentiments correspondants ne sont pas confinés dans une sorte de sous-sol moral personnel: ils sont ensuite instrumentalisés par des politiciens. Ils sont aussi attisés par des acteurs de l’establishment et, ce faisant, sont légitimés. […]
Les groupes qui cessent d’être dominants entretiennent bien souvent, nous dit Elias, le sentiment «d’être rabaissés, de voir humiliée l’idée qu’ils se faisaient d’eux-mêmes». Ces groupes ont dès lors le sentiment d’être menacés par l’irruption de ces «marginaux» et cherchent à contrer ces derniers en les stigmatisant ou en tenant à leur égard des propos péjoratifs. Nous avons là la cause profonde de la dé-civilisation. [...]
De tels phénomènes de dé-civilisation ne se constatent pas seulement dans les rangs des couches moyennes inférieures, mais aussi parmi les élites. Les hommes d’âge moyen, de qualification moyenne et de revenus moyens y semblent tout particulièrement sujets. […]
Celui qui a le sentiment d’être exclu de la société perd tout sentiment de confiance en lui. Nombreux sont ceux qui adoptent des stratégies, fort diverses, visant à retrouver ou renforcer leur estime de soi. Mais le désir de se soulager d’un tel sentiment d’exclusion conduit beaucoup d’autres à rechercher une contrainte imposée de l’extérieur par une instance autoritaire. Norbert Elias, lorsqu’il écrivit les lignes citées plus haut, étudiait le national-socialisme. Il nous montre que les situations d’insécurité sont propices au surgissement d’un «désir de contrôle sur soi imposé de l’extérieur par un dominant puissant».
Le ressentiment, son expression, permettrait à tous ceux qu’angoisse une (éventuelle) perte de statut de retrouver une forme d’affirmation de soi, de se façonner une nouvelle identité, un nouveau sentiment du «nous». Dans cette mesure, le problème fondamental que pose l’individualisation radicalisée est celui du rôle des identités collectives, du «nous» et des sentiments l’accompagnant. La politique de l’identité est dans cette mesure aussi une réaction à l’érosion de la communauté et des associations intermédiaires. La radicalisation permet aux hommes de se sentir à nouveau souverains.
À l’évidence, à notre époque, certains groupes sociaux ne considèrent plus, depuis un certain temps déjà, qu’il vaut la peine de se comporter de façon civilisée. Passant un temps assez considérable sur Internet, en y étant affranchis de tout contrôle social, ces individus n’ont pas à rendre le moindre compte pour les messages haineux qu’ils y propagent, et laissent donc libre cours à leurs préjugés. Les partisans de l’AfD, de Donald Trump ou de Marine Le Pen partagent les mêmes affects, les mêmes coagulations d’affects, que résume bien le terme de ressentiment.
Ce qui unit ces groupes, c’est la négation de la civilisation au quotidien, au nom d’une civilisation occidentale imaginaire
".

Oliver Nachtwey, sociologue

extraits de l'ouvrage collectif "L'âge de la régression" paru dans L'Obs du 13-04-2017

 

à lire aussi : Inde, USA, Turquie, Royaume-Uni: la grande arnaque des souverainistes, comment les grands leaders populistes utilisent l'ethno-nationalisme pour masquer la perte de souveraineté économique des Etats-nations

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